La puissance militaire chinoise

La revue Monde chinois de la fondation Choiseul propose un numéro centré sur la puissance militaire chinoise. C’est un sujet peu parcouru par les études francophones et soumis à de nombreux mythes et fantasmagories. Les articles remettent les idées en place sur la force militaire de ce géant économique mais encore nain militaire qui ne possède pas encore l’armée digne de son rang économique. Du moins pas encore, car après des années de disette, les dirigeants chinois investissent dans leur armée…

 

De nombreux domaines sont passés au crible et l’un des plus intéressants réside dans l’article consacré à « l’information, arme de déstabilisation ».  Partant d’une analyse des récents conflits et de la multiplication des guerres de quatrième génération (on parle aussi de guerres asymétriques), l’armée chinoise investit dans la guerre de l’information et l’Internet.

Mahler, le combat de générations II

 

 

 

Suite de la confrontation de générations dans des symphonies de Mahler avec deux orchestres bavarois : ceux de Bamberg et de Munich.

 

 

Vétéran des podiums et solide routier des pupitres, l’Indien Zubin Metha est surtout un chef de concert adulé des musiciens pour sa capacité à leur soutirer le maximum en concert. Bien que n’assumant plus la fonction de directeur de l’opéra de Munich, le chef reste un fidèle de l’orchestre avec lequel il se produit ponctuellement en concert. Ce tandem nous sort, sous étiquette Farao, une symphonie n°5 de Mahler. On sait Metha en phase avec Mahler mais ce concert n’est qu’une belle interprétation de routine que le chef survole.  

 

 

Changement d’ambiance avec le brillant Jonathan Nott qui nous offre une lecture très intellectuelle de la symphonie n°9. Bénéficiant d’un orchestre d’une plasticité saisissante et d’une précision technique à toute épreuve, Nott dépassionne le débat et accorde une importance primordiale aux différentes séquences et aux dynamiques. L’exploit du chef réside dans sa capacité à garder une grande cohérence dans la structure des mouvements et évite ainsi une trop grande disparité entre les thèmes. Certes, on peut toujours préférer Bernstein, Walter, Klemperer, Boulez, Haitink, mais le chef qui arrive ici à un niveau de maturité sans équivoque a beaucoup d’atouts à faire valoir. C’est mille fois plus intéressant que le disque survolé d’Alan Gilbert chez Bis. 

 

 

Art contemporain Chinois au PBA de BRuxelles

 

 

Europalia Chine amène au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles différentes expositions dont une qui croise l’art contemporain belge et chinois. Fruit du travail de deux commissaires chinois (l’architecte et plasticien : Ai Weiwei) et belge (le peintre Luc Tuymans), cette manifestation interroge.

 

Tout d’abord, du côté belge, il faut regretter l’archi-domination des peintres du Nord du pays. Certes la scène flamande est énergique et conquérante, mais pour le commissaire belge, la scène wallonne est une terre absolument inconnue…à deux exceptions près…

 

Le propos de l’exposition n’est pas clair et visiblement les deux commissaires ont travaillé séparément et les œuvres exposées tirent plus vers le catalogue partiel que vers l’exposition cohérente et organisée.

 

 

 

Le dernier reproche tient surtout à la qualité des œuvres exposées. Beaucoup d’œuvres inabouties et peu convaincantes. Un point intéressant à relever quand même : l’art contemporain chinois semble bien mois foncièrement extrémiste et gratuitement provocateur que l’art actuel occidental. Par ailleurs, il est salutaire de constater que la peinture est très présente dans cette exposition.

 

Proposée en complément de cette exposition, la petite présentation de photographies contemporaines chinoises sur le thème de la nature morte s’avère plus intéressante. La variété des artistes représentés montre une grande diversité d’approches et le traitement du sujet témoigne d’un questionnement et d’une nostalgie sur un monde en plein changements ainsi qu’un refus du spectaculaire et du gratuit. Cette dernière exposition étant gratuite, nous la recommandons vivement.

Hosokawa chez NEOS

 

J’avais assisté à la création mondiale de sa pièce pour orchestre Circulating Ocean au festival de Salzbourg 2004 sous la direction de Valery Gergiev. Reprise ensuite par l’ONB, sous la direction de Patrick Davin, cette pièce émerveillait par la beauté de ses textures et de ses climats.

 

Le label allemand NEOS, spécialisé dans la musique contemporaine, édite un album regroupant 3 de ses concertos par des équipes allemandes.

 

De ses trois pièces, on aime surtout : le concerto pour flûte Per-Sonare (1988), première partition concertante de l’artiste. La flûte est un pont entre le Japon et l’Europe et Hosokawa se plaît à faire sonner sa pièce avec de nombreuses réminiscences de l’orient. Les sons se fusionnent dans un paysage sonore vaporeux et auroral qui transporte l’auditeur dans un univers enchanteur et poétique. C’est un peu du Turner musical à la sauce japonaise.

 

De la musique contemporaine, travaillée, intelligente, subtile et poétique…

 

ET comme toujours les disques NEOS sont de très beaux objets et les notices de présentations sont simples et claires…

 

Aéro Artbook

Alors que le musée de l’Armée de Bruxelles accueille une exposition intitulée : les BD attaquent à l’aube avec différentes planches éparpillées dans le musée, les éditions Paquet 

compilent différentes unes réalisées par l’auteur Christophe Gibelin pour le magazine le Fana de l’aviation. Scénariste et coloriste de bande dessinée, Christophe Gibelin est co-auteur des Ailes de plomb.

 

 

Jon Oivind Ness, la musique qui vient du froid

 

C’est un poncif, mais la musique contemporaine scandinave présente une variété stylistique et une richesse absolument considérable…Chaque génération apporte son flot de nouveaux talents et les Saariaho, les Lindberg ou les Salonen cachent une floraison de compositeurs.


 

Dernier arrivé le Norvégien Jon Oivind Ness à qui Simax offre un disque orchestral avec l’orchestre philharmonique d’Oslo.

 

Ness revendique de nombreuses influences du rock à Stravinsky en passant par Frank Zappa. Sa musique est à la recherche d’un sens de la mélodie, de la transparence des textures et surtout d’une pulsation jubilatoire. Les œuvres présentées sur ce disque proposent des partitions composées entre 2002 et 2007 qui illustrent bien ces recherches artistiques.

 

Le jeune homme possède un sens naturel de l’orchestre et de ses couleurs et sait créer des climats et des ambiances. De ce programme bigarré et haut en couleurs, on préfère le concerto pour violon Mad Cap Tootling et surtout Low Jive, scherzo démoniaque pour grand orchestre dans la lignée de Helix de Salonen ou Act de Rolf Wallin : une musique rapide, énergique qui pulse transcendant tous les pupitres de l’orchestre. Du Red Bull en version symphonique…

 

En plus l’objet discographique est magnifique par son graphisme et ses couleurs.

 

 

Pascal Rophé dirige Xenakis



 


 

Week-end musical à Paris avec un concert de notre cher Pascal Rophé et du philharmonique de Radio France à la Cité de la musique. Il s’agissait du premier concert dans le cadre d’un double portrait Xenakis/Stravinsky qui a attiré les foules : un public très intello….Mais concentré et silencieux… Au fond ce n’est pas surprenant, Xenakis reste une sorte de mythe. Les musiciens pensaient que Xenakis était architecte et les architectes qu’il était musicien. C’est sur de tels malentendus que se fondent les réputations….

 

Je ne suis pas un fan absolu de sa musique, certaines pièces portent le poids des ans mais certaines merveilles subsistent !  

 

La principale motivation de ce concert était d’entendre, en live, l’incroyable Jonchaies de 1977. Conçue pour un orchestre de 108 musiciens, cette musique volcanique est un tremblement de terre orchestral porté par des scansions des cuivres et d’une batterie de percussions. Pascal Rophé déchaîne l’orchestre porté par l’enthousiasme débridé des percussions. Malheureusement le petit volume de la « grande salle » de la Cité de la musique ne permet pas à l’orchestre d’exploser au maximum de ses capacités.

 

Après la pause, Pascal Rophé dirige brillamment la « suite de 1945 » tirée de l’Oiseau de feu de Stravinsky. Le philharmonique de Radio France est un orchestre qui m’est cher car j’ai découvert tout un pan de la musique par ses concerts. Jeune parisien je n’ai presque raté aucun concert de musique contemporaine de la formation entre 1995 et 2000 sans oublier les découvertes que je dois à Marek Janowski alors chef aux programmes d’une rare intelligence. A l’époque de Marek Janowski, la formation passait justement pour la meilleure de Paris. Les temps ont bien changé, malgré la jeunesse de l’effectif et en dépit de solistes de haut niveau (timbales, hautbois, basson), la cohésion d’ensemble laisse plus qu’à désirer et les disparités entre pupitres sont criantes avec des cuivres fort peu fiables.

 

  

Andris Nelsons !

 

 

Dans le cadre de sa recherche éperdue de jeunes talents, le milieu musical s’est précipité sur le Letton Andris Nelsons (31 ans). Sa route à croisé celle de l’Orchestre de Birmingham dont il est directeur musical. Il est curieux à quel point nos amis de Birmingham et le monde musical en général sont frappés par le « syndrome Simon Rattle » : trouver un jeune chef de talent qui progresse en même temps que l’orchestre…Birmingham croit tellement en Nelsons que son contrat est signé jusqu’en 2014 !!!!



 

En tous cas, on fait grand cas de ce jeune homme, la presse allemande le bombarde de prix et toutes les phalanges qui comptent le veulent absolument. Le label Orfeo vient de sortir deux disques sous sa battue. Le moins qu’on puisse dire c’est que si Nelsons continue comme cela, ce sera l’un des plus beaux pétards mouillés du milieu musical.

 

Premier disque : la symphonie n°5 et Hamlet de Tchaïkovski. On peut légitiment attendre d’un jeune musicien qu’il casse la baraque (genre Gergiev) dans une telle œuvre de parade qui plus est : pour un premier disque « carte de visite ». Mais, on entend ici une symphonie n°5 bien propre sur elle, policée et même terriblement ennuyeuse…Hamlet est mieux traité mais sans le côté démesuré requis.

 

Encore plus décevant, un accompagnement de l’excellente Arabella Steinbacher dans les concertos pour violon de Berg et Beethoven…Avec un Beethoven d’une lenteur soporifique….

 

Je ne vais pas jouer aux vieux aigris (Nelsons a mon âge), mais on peut regretter ce phénomène d’ultra médiatisation de jeunes chefs qui n’ont pas le temps de grandir musicalement jetés dans la mare sans précautions et sans prendre le temps d’apprendre.       


 

 

 

Roger Woodward joue Debussy

Dans la série des pianistes méconnus mais de grand talent, il faut placer l’Australien Roger Woodward. Soutenu, à ses débuts, par des pointures comme Yehudi Menuhin et Arthur Rubinstein, Woodward a réalisé une bonne centaine d’enregistrements. Son nom reste associé à des partitions contemporaines de Morton Feldman, Toru Takemitsu et Iannis Xenakis pour différents labels peu connus chez nous comme Etcetera, Mode, Celestia Harmonies, ABC…


 

Le modeste label étasunien Celestial Harmonies édite une intégrale des Préludes de Debussy enregistrée à Brême en 2007.  Le pianiste séduit par une approche très française façon Robert Casadesus ou Jacques Février. C’est rapide, un peu revêche mais le sens du rythme et de la couleur restent très présents. Certes la discographie est barrée par d’immenses références mais la justesse de ton de Woodward en font une version à découvrir. 

Saariaho, l’Amour de loin !

 

Premier opéra de la compositrice Kaija Saariaho, L’amour de loin fut donné en première mondiale au festival de Salzbourg 2000. Le livret, d’Amin Maalouf, évoque le récit médiéval de la vie du troubadour Jaufré Rudel. Harmonia Mundi édite aujourd’hui, une interprétation captée à Berlin sous la conduite de Kent Nagano. Il faut noter qu’il s’agit de la deuxième publication de cette œuvre après le DVD DGG qui reprend le spectacle de la création sous la baguette de Salonen. On annonce par ailleurs différentes nouvelles productions de la partition….

 

….Chance exceptionnelle pour un ouvrage au pouvoir de séduction immense avec une musique d’un éclat plastique et d’un raffinement inouïs. Rarement la musique contemporaine s’est faite aussi chatoyante et séduisante….C’est l’un des évènements de l’année !