Hommage à Alicia De Larrocha

Les médias se sont fait l’écho de la disparition de la pianiste espagnole Alicia de Larrocha à l’âge de 86 ans. Native de Barcelone, l’artiste s’était taillée une réputation mondiale avec ses enregistrements des musiques espagnoles mais aussi par ses gravures des partitions de Mozart et Chopin. Retirée de la scène depuis 2003, elle possédait un sens du son et du rythme qui transcendait la musique espagnole en trouvant le ton juste entre le virtuose et le pittoresque. Je ne vais pas faire une longue évocation de cette artiste, on trouve sous la plume d’Alain Lompech du Monde un beau portrait :

http://www.lemonde.fr/carnet/article/2009/09/29/alicia-de-larrocha-pianiste-espagnole_1246752_3382.html

Je vais juste parler d’un disque qui a marqué ma découverte de la musique : son intégrale méconnue des concertos pour piano de Beethoven avec Riccardo Chailly. J’avais acheté pour une bouchée de pain dans un supermarché ces disques dans une collection Decca. La beauté du jeu de la pianiste m’a toujours séduit et cette version reste l’une de mes préférées.

Mahler : les papys font de la résistance !

 

 

Et c’est reparti ! Après quelques courtes années de calme, la rage Mahler est encore en train de frapper les orchestres ! Les célébrations liées aux anniversaires de naissance et de mort du grand homme sont en plus une occasion facile de multiplier les parutions. Alors que Gergiev (LSO live), Tilson-Thomas (SFS Media) et David Zinman (RCA) sont en passe de boucler leurs intégrales, de nouvelles parutions nous arrivent de Munich, Bamberg, Cologne et Stockholm.

 

Commençons avec l’inattendu et jeune Alan Gilbert qui vient de prendre les rennes du New York Philharmonic il y a quelques jours (on a pu lire un compte rendu mitigé dans Le Monde). Bis édite une symphonie n°9 de Mahler captée lors des derniers concerts du chef comme directeur musical de l’orchestre philharmonique  royal de Stockholm. On retrouve avec ce disque une constante de nombre d’enregistrements récents : « oui, mais ? ». En effet, face à Walter, Gielen, Boulez, Haitink, Mitropoulos, Bernstein, Tennstedt, Sinopoli, Karajan, Abbado, Solti, Neuman, Ancerl….on peine à être renversé par cette interprétation bien finie mais plutôt neutre et qui manque autant de vécu que d’acidité(s). Certes, le jeune chef possède un « bras » et sait construire une interprétation techniquement léchée avec un orchestre qui ne possède pourtant pas « l’habitus mahlérien » d’autres phalanges.


 

 

Du côté des papys, on retrouve Mariss Jansons à Munich. Le chef a convaincu la Radio bavaroise de lancer son propre label qui porte le nom de BR Klassik. Jansons dirige aussi un Mahler « instrumental » qui voit le sens de la construction et des équilibres l’emporter sur l’aspect narratif des choses. Relativement proche de la conception de Solti avec sa pugnacité conquérante, cette version s’appuie sur un orchestre techniquement sidérant (en plus la prestation est captée live !!!!). Certes, je continue à préférer Tennstedt, Bernstein et Svetlanov dans cette œuvre mais la précision de l’orchestre et la richesse de la prise de son (on se situe proche des références absolues en terme de prise de son dans Mahler : les disques de l’Orchestre de San Fransisco et ceux de la Tonnhalle de Zurich) font de cette galette un disque à posséder.

 

Donc, les papys ont encore de la réserve ! Une prochaine confrontation proposera deux orchestres bavarois dirigés un autre papy et un autre jeunot.  


   

Brahms. Pot de fer contre pot de terre ! Qui gagne ?

Simultanément me parviennent deux intégrales des symphonies de Brahms. La première, très attendue, est l’œuvre de la philharmonie de Berlin sous la conduite de Sir Simon Rattle et la seconde est celle de Gianandrea Noseda et de l’orchestre espagnol de Cadaqués.

J’ai rédigé pour Resmusica un compte rendu mitigé du travail de Rattle. Certes, c’est très présentable, l’orchestre joue très très bien, on est loin des plantages absolus du chef à Berlin, mais cette intégrale n’apporte pas franchement grand-chose à une discographie surchargée et pléthorique !

Quant au second coffret espagnol publié par le label Trito (qui est aussi une maison d‘édition de partitions), il est des plus intéressants. Peu connu en France et en Belgique, Noseda est un chef qui mène sa carrière avec intelligence. Né en 1964, ce Milanais fit ses classes avec Chung et Gergiev. Lancé  dans la fosse du Mariinsky, il s’est imposé comme un chef lyrique d’envergure. IL est actuellement chef principal du BBC Philharmonic de Manchester (avec lequel il enregistre pour Chandos) et du Teatro Regio de Turin ainsi que chef invité au Mariinsky et auprès de cet orchestre de Cadaqués. Fondé en 1988, l’Orchestre catalan de Cadaqués est une formation de chambre attachée au festival éponyme qui développe maintenant sa propre saison de concert.


Noseda aborde donc Brahms dans une optique orchestre de chambre comme Mackerras (Telarc) et Berlung (Teldec) l’avaient fait avant lui. On est donc dans une lecture légère et rapide. Noseda arrive à combiner le sens de la pulsation brahmsienne latine, une dynamique et des intuitions parfois géniales. IL suffit d’écouter le début du dernier mouvement de la symphonie n°1 pour découvrir l’élan que le chef donne à ce passage souvent raté des interprétations. On peut toujours trouver quelques baisses de tensions dans cette somme (je préfère les symphonies n°1 et n°2 aux symphonies n°3 et n°4). Il n’empêche, il est revigorant d’écouter de Brahms par un chef inspiré et un orchestre (méconnu !) qui assure crânement et qui suit son chef avec attention et sans lui imposer le poids de sa tradition (comme à Berlin). Quant à Noseda, il s’impose comme une baguette à suivre avec beaucoup d’attention ce que ne laissaient pas toujours percevoir ses disques Chandos !

Richard Strauss à Londres !

Tout comme le LSO, le Mariinsky, le Concertgebouw d’Amsterdam, le London Phil, la Radio bavaroise…., le Philharmonia orchestra de Londres a lancé son propre label. Initiative qui semble désormais indispensable : il est impératif d’être maître de ses moyens de production ! Le Philharmonia s’est associé avec le valeureux label Signum pour éditer une collection qui se caractérise par des pochettes au design minimal (difficile de faire pire !). Pour l’instant, et en attendant deux prochains titres alléchants (Mahler et Schoenberg avec Salonen), l’orchestre se concentre sur des grands classiques : Brahms, Beethoven, Schubert, Elgar et Strauss. Il faut surtout retenir un album Strauss avec le vétéran C.Von Dohnanyi. Les musiciens ont souvent reproché à Dohnanyi son côté « froid » et son manque d’investissement au concert. Pourtant, cette “Vie de Héros” captée à Londres casse la baraque comme rarement avec un orchestre engagé à 200% et un chef incisif ! Un grand moment de musique ! Et une des meilleures versions contemporaines (comprendre post Karajan/Kempe) de ce chef d’œuvre !  


Des économies, des économies, et des économies….

 

Faire des économies dans l’enseignement. Acte II. Scène 1

 

Nous n’avions rien compris ! Forcément, idiots que nous sommes (un prof reste un prof !), les idées présentées n’étaient que des pistes…Mais de toute façon, qu’on se rassure, il est indispensable de « devoir faire certaines économies. »…Nous sommes donc invités à nous asseoir autour d’une table pour participer à la prise de décision et suggérer des pistes.


 

 Certes, les finances de la Communauté française sont catastrophiques, ce n’est pas une nouveauté ! Les 700 millions de déficit n’ont pas fait leur apparition depuis les élections de juin dernier qui avaient vu les partis multiplier les promesses alors qu’ils savaient pertinemment qu’elles étaient irréalistes (quel grand sens de l’Etat !!).

 

Mais puisqu’il faut proposer des pistes, je me lance :

 

a)Mettre moins de papier dans les toilettes et pour s’essuyer les mains ! Du point n°1, il y a en a rarement, et du point n°2, cela fait longtemps qu’il n’y en a plus.

 

b)Réduire les frais de chauffage ! Ok, la dernière chaudière en état de fonctionner a explosé l’année dernière suite au gel… 2 jours sans classe pour les élèves ! Des travaux ont été entrepris pour « déterminer l’origine de la panne », seule une tranchée a été creusée dans la cour…et reste encore ouverte 8 mois après la panne…Nous verrons donc comment on passe l’hiver…

 

c)Mettre moins de matériel à disposition des profs ! Là, difficile de faire des économies…Je viens déjà avec mon lecteur DVD, ma prise Peritel, et ma télécommande dès que je souhaite montrer une vidéo…Par ailleurs, impossible de faire fonctionner un projecteur, il n’y a soit plus de tentures pour masquer la lumière, soit pas d’écran blanc, soit ni l’un, ni l’autre…(juste un détail sur ce point, le reste est à l’avenant !). Présenter un cours avec Powerpoint (logiciel développé au milieu des années 1980)    est impensable. 

 

d)Augmenter la participation des élèves ! Nous en sommes déjà à leur demander de l’argent pour couvrir les frais de photocopies dans la limite de 100 euros pour tous les profs/par élève….Ce qui est dans l’absolu illégal car la scolarité doit être gratuite mais est indispensable au risque de devoir payer les photocopies de nos élèves…


 

Ce n’est que quelques points qui donnent une idée du fonctionnement de l’enseignement en Communauté française…Donc parler de la nécessité de faire des économies dans les écoles provoque donc soit une franche rigolade, soit de la consternation…

Pompe de circonstance ?

 

 

 

Transition facile après l’évocation de l’Hermitage d’Amsterdam, le nouveau disque du label du théâtre Mariinsky sous la baguette de Valery Gergiev : un album de pièces de commandes de Tchaïkovski : les inévitables “Ouverture 1812″ et la “Marche slave” mais aussi la cantate « Moscou », la “Marche du couronnement” et l’”Ouverture festive sur l’hymne national danois”. Un programme intelligent et cohérent donc qui trouve en Gergiev un avocat efficace plus barbare qu’intellectuel…

 

Les disques du label Mariinsky sont supervisés par l’équipe de LSO Live et captés dans la nouvelle salle de concert de l’institution russe : le Mariinsky Concert Hall. La prise de son donne dans le spectaculaire avec des dynamiques qui écrasent tout et une esthétique sonore très « brute de fonderie ». L’orchestre sonne donc plus « russe » que jamais. Musiciens et choristes (formidable chœur du Mariinsky) sont galvanisés et s’en donnent à cœur joie dans des pièces taillées sur mesure.

 

Un disque très intéressant pour un label à suivre. Nouvel épisode : en décembre prochain avec un opéra de Rodion Schedrin.

 

 

Hermitage Amsterdam

Depuis le printemps, Amsterdam héberge une antenne du musée  l’Hermitage de Saint-Pétersbourg. Situé en plein centre ville à quelques dizaines de mètres de l’opéra, cette implantation se déploie dans une belle structure  du XVIIe siècle restaurée avec soin dans le goût fonctionnel et minimal de nos voisins hollandais.   



 

La première exposition est consacrée au thème fédérateur de la cour des Tsars au XIXe siècle : costumes, tableaux, portraits objets donnent une idée du faste et de la richesse de cette vie de réceptions, défilés, bals….Tout est organisé avec méthode selon des thèmes qui vont de l’enfance à la religion en passant par les domaines militaires et par l’incontournable musique…Il manque tout de même un peu de bijoux qui donner l’impression définitive d’un ballet de richesses et de démesures.

 

La foule (essentiellement néerlandaise ) était venue en masse : longues files d’attentes et difficultés à se mouvoir dans les salles assez étroites de cet espace…


 

Tout est conçu avec ergonomie et intelligence mais sans tomber dans le facilement commercial. Un musée où l’on reviendra en dépit du prix élevé : 15 euros.

 

Différentes conférences et concerts complètent l’offre. Les concert présentent essentiellement des jeunes talents russes.  

 

 

Profs ! Gagner la bataille de la communication

Je ne parle quasiment jamais d’enseignement sur ce blog, les évènements récents sont une occasion (hélas…) idéale. Deux points motivent ma démarche :
 
1.Le projet d’augmenter le volume de service des professeurs du secondaire.
2.Le succès du livre « Madame vous êtes une prof de merde »

Du point n°1, il y a peu de choses à dire, si ce n’est que cette sortie racoleuse et démagogue au possible, vise encore plus à affaiblir un métier déjà méchamment cabossé et dont les conditions de travail ne cessent se dégrader depuis de trop nombreuses années. Réduire à des questions d’heures de prestations, la charge de travail des enseignants est un angle d’attaque absurde et un contre sens total (c’est dire le niveau intellectuel des autorités !) mais cela rapporte tant auprès de l’opinion…Exemple : quand je suis arrivé dans l’école où je donne cours d’histoire (en 2004), les classes de 25 élèves étaient une exception…Désormais une classe en dessous de 30 reste une exception…Considérant que je donne cours à 10 classes cela donne déjà une augmentation de travail à la marge de près de 20%…Sans oublier bien sur la guérilla administrative (multiplication des taches administratives) et l’imposition du décret “missions” sur les compétences (auquel personne ne croit plus mais qui est rabâché piteusement telle une leçon mal apprise et surtout mal comprise…).  

Du point n°2, on ne peut que regretter que le grand succès de la rentrée soit un ouvrage qui donne de l’enseignement en Belgique une vison crépusculaire et post-nucléaire tant l’apocalypse décrite y est effarante. Je ne mets pas en doute ce témoignage, je sais que certaines écoles connaissent de sidérantes carences de gestion(s) ; cependant je regrette que ce témoignage ne nous affaiblisse encore plus au regard de l’opinion….

En effet, il est temps de gagner la bataille de la communication. Pourquoi doit-on systématiquement s’excuser d’être de faire ce métier ? Se repentir de ne donner que 20h de cours/semaine ? D’avoir 3,5 mois de congés par année ?

Certes, nous donnons 20 h de cours par semaine. Puisque tant de personnes nous envient, nous jalousent (j’ai même lu sur lalibre.be un intervenant qui hurlait au scandale car prof c’est en salaire horaire mieux payé que ministre!!!), qu’elles viennent travailler à nos côtés, corriger des copies pour 300 élèves…Au contraire on recrute….

En ce qui concerne les nombreuses vacances. Un petit rappel historique s’impose. Les vacances scolaires sont calquées sur le rythme…économique…Jusqu’au années 1950, c’était le rythme des travaux des champs, les jeunes devaient aider les parents pendant les moissons et vendanges. L’origine de ces vacances, estivales essentiellement, remonte déjà à l’époque du Pape Grégoire II (XIIIe siècle), le reste des vacances était calqué sur les fêtes religieuses…A l’époque de la Révolution, on comptabilise (déjà !) près de 80 jours de congés annuels. Avec l’urbanisation et la déchristianisation des sociétés occidentales, c’est le triomphe des loisirs et du tourisme qui prévaut. Les profs ont trop de vacances ! Par de problème on les divise de ½. Je ne doute pas un seul instant de la colère des professionnels du tourisme : commerçants, restaurateurs, hôteliers…Heureux de perdre ½ de leurs saisons…et du chiffre d’affaire…

Tout ce texte pour dire qu’il est temps de se fédérer et surtout de contre attaquer. Le point le plus important est de mieux vendre notre métier, notre image….Domaine ultra contemporain incontournable de notre société. Il est temps de ne plus « faire prof »….D’adopter des méthodes de communications du XXIe siècle….
 
Nous sommes 90.000 en Belgique francophone, une force de frappe humaine et électorale incontournable (c’est plus que les 63580 votes de préférence de la star Michel Daerden..).

Juste une dernière phrase en conclusion :

« Si l’enseignement coûte trop cher, essayez l’ignorance ! »

Une belle gare ! Et après ?

Comme tout amateur d’architecture et liégeois par sympathie pour celle ville, je me réjouis de l’inauguration (enfin !!!) de la magnifique nouvelle gare des Guillemins construite par l’un des plus importants architectes contemporains. Pour Liège, pour la Wallonie et pour la Belgique, il est valorisant de pouvoir compter sur une réalisation aussi majeure d’un architecte tout aussi considérable. Cette construction met fin à des années de disette architecturale belge au niveau international….

Pourtant si cette gare est une réussite et une étape importante sur le chemin du renouveau de Liège, elle reste qu’une….étape….sur un long chemin…

Il va sans dire que cette superbe infrastructure ne sera rien sans des alentours refaits et sans une gare routière digne de ce nom….Pour l’instant les incertitudes quant aux rénovations environnantes restent très nombreuses…

Par ailleurs, si pour Liège, cette gare est un symbole architectural d‘ouverture sur l‘Europe de la grande vitesse ferroviaire, elle reste que l’une des 180 gares à voir passer les TGV ! Vu à l’échelon wallon, c’est une grande avancée, mais à l’échelle du Benelux ou de l’Europe, quelle est la portée de cette inauguration ?

Au niveau international tout reste à faire pour la Cité Ardente. Désormais armée avec différents musées (dont le Curtius) dignes des grandes cités internationales, Liège doit absolument faire un effort pour se « vendre » et attirer des touristes sans parler des investisseurs. Le travail de lobbying à effectuer est considérable et il faudra de l’ambition pour tirer la ville de la torpeur communicative dans laquelle elle est tombée…La campagne de promotion du musée Curtius était à ce titre, un contre exemple absolu de ce qu’il faut faire….

Certaines idées sont simples. Bruxelles attire des centaines de journalistes, est-il si difficile d’organiser une journée de promotion de Liège auprès de ces journalistes ? Affréter quelques cars ; organiser des visites de la gare et du Curtius et une halte déjeuner du type « Culinaria » avec les meilleurs cuisiniers de la ville…Pour avoir participé à ce type d’évènement, les retombées sont instantanées…Toutes les villes font cela…pourquoi pas Liège ? La concurrence entre régions d’Europe est intense, c’est maintenant qu’il faut se battre et vite. Liège, la Wallonie, le méritent…

Salonen en concert !

Retour à Esa-Pekka Salonen avec un nouveau DGG concert en provenance de Los Angeles avec De Falla/Debussy/Ravel. Un De Falla un peu poussif et gras est rattrapé par une Mer très scandinave et par un beau ballet (intégral) de Ma Mère l’Oye.