Les Apaches !

La Belle époque ! Dans les faubourgs du Paris populaire du tournant du XXe siècle, les bonnes gens sont terrorisés par des bandes de « jeunes délinquants » : les Apaches. Les Editions Mercure de France éditent deux chroniques de cette époque. En première partie, on retrouve les Mémoires de Casque d’Or, prostituée et égérie du milieu des délinquants et en seconde partie : La médaille de mort, chronique d’un policier qui raconte le décès d’un autre policier assassiné par un souteneur à la sortie d’un bistrot ! On retient surtout la langue argotique du premier texte et la froide description de la réalité du quotidien des policiers de la seconde. Au passage, on se rend encore compte de la permanence de certaines angoisses populaires ! En 1905, la population se plaint déjà des méfaits de la délinquance juvénile et les policiers pestent contre des magistrats incompétents à la solde d’avocats peu scrupuleux qui ne font que relâcher les multi récidivistes….


Wartime Music on Northern Flowers

 Le peu connu mais dynamique label petersbourgeois Northern Flowers édite une série consacrée aux compositions soviétiques rédigées lors de la « Grande guerre patriotique », de 1941 à 1945. La plus connue de ces partitions nées de ce contexte de guerre entre l’URSS et l’Allemagne Nazie est la symphonie « Leningrad » de Chostakovitch, pourtant de nombreuses autres partitions sont issues de cette période…

Le « Saint Petersburg State Academic Symphony Orchestra » (c’est mieux en anglais qu’en Français) et son chef Alexander Titov nous offrent les trois premiers volumes de cette série : 2 albums dédiés à Miaskovsky (symphonies n°22, 23, 24 et 25), ainsi qu’une anthologie Vladimir Scherbachov. Certes, dans l’absolu, on ne peut pas franchement parler de chefs d’œuvres mais ces disques sont un incontestable apport au répertoire.

Zimmermann, Requiem pour un jeune poète

Nous en parlions en décembre dernier à l’occasion d’un papier sur cette partition de Bernd Alois Zimmerman, une nouvelle version vient d’être éditée par le label allemand Cybele. Bernhard Kontarsky, grand serviteur d’une certaine modernité germanique, est à l’œuvre et conduit ses nombreuses troupes avec la sagesse du capitaine chevronné : Holland Symfonia, chœur philharmonique de Brno, chœur de la philharmonie slovaque, Europachorakademie…

Cette version vaut surtout pour le soin éditorial apporté à l’objet : prise de son multicanal et notice de présentation exhaustive. Côté interprétation, c’est très bien, mais on préfère l’énergie et la force déployée par Gielen chez Sony…En attendant de pouvoir un jour entendre cette partition en concert…

Prokofiev par Walter Weller

Brilliant poursuit son exploitation intelligente des fonds des grandes maisons de disque avec édition de l’intégrale des symphonies de Prokofiev par Walter Weller, un chef que l’on connaît bien dans nos contrées. Gravée entre 1974 et 1978, cette intégrale reste un maillon essentiel de la discographie. Le chef autrichien bénéficie de deux phalanges d’exception : le London Symphony Orchestra et le London Philharmonic. Ce travail de l’honnête homme propose un Prokofiev altier et narratif. Une sorte de « bon gout » parfait dans l’approche de ce parcours symphonique qui en reste assez méconnu. Si les symphonies n°1 et n°5 sont souvent programmées, les symphonies n°2, n°3, n°4, n°6 et n°7 restent des raretés…En complément le musicien avait gravé la célèbre Suite Scythe et la rare ouverture russe.

Tigre Blanc

Le supplément hebdomadaire du Monde en parlait le week end dernier à l’occasion des élections en Inde, le dernier livre de l’auteur Aravind Adiga dresse un portrait sans concessions du sous continent des années 2000 et de ses effroyables inégalités. Par opposition aux mirages de la plus grande démocratie du monde et de la classe moyenne conquérante souvent vantée par la presse occidentale, l’Inde du Tigre Blanc raconte l’histoire possible d’un jeune garçon issu d’un village misérable et violent qui rêve de réussite et qui réussit. Corruption galopante, élection truquées, misère envahissante, tensions religieuses, violences…sont au programme de ce livre récompensé du Man Booker Prize 2008.

Un lien vers l’entretien publié par Le Monde :

http://www.lemonde.fr/international/article/2009/05/15/l-inde-democratique-derriere-les-cliches_1193679_3210.html

Unsuk Chin

Née en 1961 à Seoul, la Coréenne Unsuk Chin est installée à Berlin. Après des études avec le grand Ligeti à Hambourg, elle travaille dans une optique post Ligeti avec une grande importance accordée à la recherche des timbres avec des réminiscences de recherches sur la polyrythmie et un grand intérêt pour les modèles classiques du concerto et de l’opéra qu’elle revisite. 

 Peu représentée au disque (bien que son carnet de commande soit des plus overbooké !), le label Analekta lui offre une belle monographie orchestrale sous la conduite de Kent Nagano, l’un de ses interprètes les plus réguliers et attachés. On peut passer très vite sur Rocanà pour grand orchestre qui cumule les poncifs de « la contemporaine » pour écouter le concerto pour violon. Créé en 2002 par les présents interprètes à Berlin : Kent Nagano et l’excellente violoniste Viviane Hagner, cette partition en quatre mouvements séduit immédiatement. La richesse des timbres renvoie autant à Ligeti qu’à John Adams avec une orchestration fine et subtile. Récompensé du prix Gravemeyer, cette pièce s’ajoute aux nombreux concertos pour violons majeurs de ces dernières années : Magnus Lindberg, John Adams (2fois), Oliver Knussen…


Belles endormies ? Mais ?

Création à La Monnaie du second opéra de notre compatriote Kris Defoort : House of the Sleeping Beauties. Venant après le succès triomphal critique et public de The Woman Who Walked into Doors, ce nouvel opus se devait transformer l’essai…. Tiré du roman du nobélisé Yasunari Kawabata, cet opéra, sans action, s’étire au long de trois nuits qui composent une grosse heure et demie de musique.
 

Tout s’étire lentement mais avec charme dans une musique bien écrite pour les voix à défaut de s’avérer foncièrement originale dans son rapport avec l’orchestre. On regrette quand même une partie dialoguée qui n’apporte rien de très important l’action. La mise en scène de l’inséparable Guy Cassiers est très statique et il faut compter sur les chorégraphies de Sidi Larbi Cherkaoui pour apporter un certain sens scénique (en étant cruel, on pourrait même dire que ces chorégraphies comblent le vide dramaturgique de la partition…). Reste que Defoort, même s’il n’est pas un « compositeur professionnel » comme Boesmans, sait s’y prendre. Retravaillé dans certains ensembles et expurgé de ses dialogues, cet opéra pourrait s’avérer particulièrement prenant.

L’équipe artistique est au service de l’œuvre avec une Barbara Hannigan et un Patrick Davin absolument excellents.

Crédit photographique : © Maarten Vanden Abeele

Resmusica aux Midem Classical Awards

Resmusica.com vient d’être invité à rejoindre les prestigieux Midem Classical Awards en tant que représentant de la presse musicale française. Fondés en 2005, les Midem Classical Awards sont remis chaque année lors du Midem à Cannes. Les Midem Classical Awards récompensent les meilleures publications sur CD et DVD selon des exigences qualitatives interprétatives et éditoriales. Le jury se compose de représentants de 16 médias musicaux internationaux : Gramophone (Grande-Bretagne et Etats-Unis), Fono Forum, MDR Radio et Klassik.com (Allemagne), Crescendo (Belgique), Pizzicato (Luxembourg), Musica (Italie), ORF et IMZ(Autriche), Gramophon (Hongrie), Scherzo (Espagne), Musica (Italie), Musik&Theater (Suisse), Radio Orpheus (Russie), Classic Radio (Finlande), et l’International Artist Managers’ Association (IAMA). Resmusica.com succède au Monde de la Musique et à Radio Classique. Je suis très heureux et très honoré de représenter Resmusica auprès du jury pour la session 2010 qui se déroulera à partir de l’automne.

 

Cette invitation à rejoindre cet aréopage international est naturellement une magnifique consécration pour tout le travail effectué depuis 10 ans par toute l’équipe et montre le haut degré de reconnaissance auquel Resmusica est parvenu.    

Nuits dans les Jardins d’Espagne…

Le mensuel Classica de ce mois propose une discographie comparée de Nuits dans les jardins d’Espagne de Manuel de Falla. C’est l’occasion de remettre sur sa platine, une version classée n°2 : celle de Rafael Orozco et Edmon Colomer à la tête de l’orchestre des jeunes d’Espagne. La finesse du pianiste rejoint l’engagement quasi fauviste de l’orchestre. En complément de ces Nuits aussi câlines qu’enflammées, le pianiste nous gratifie d’une version de référence des pièces pour piano seul du compositeur de l’Amour sorcier.

 Dans le même temps, les éditions Actes Sud éditent dans la (fort chère !) collection Actes Sud/Classica d’un petit ouvrage consacré au grand homme sous la plume de Xavier La cavalerie (que nous n’avons pas encore acheté).

L’Orchestre de la Radio de Vienne (RSO Wien) en danger !!!!

Ce n’est hélas pas la première fois qu‘on en parle, mais l’orchestre radio symphonique de Vienne est menacé d’une suppression pure et simple. Son chef d’orchestre actuel Bertrand de Billy s’est beaucoup battu pour sa survie, mais les conséquences de la crise relancent cette menace. Moins visible en terme de médiatisation que les Wiener Symphoniker et les Wiener Philharmoniker, ce troisième orchestre de la ville de Vienne est très actif dans la diffusion de la musique contemporaine et les répertoires rares.

De ma modeste expérience de chroniqueur, j’ai entendu cette formation en concert à Vienne et Salzbourg et dans des productions d’opéras qui apportaient un indéniable plus aux saisons lyriques : Goya de Menotti, le Prince du Luxembourg de Léhar ou Flammen de Schulhoff. Sa riche discographie et ses interprétations de musique contemporaine font de cette phalange un maillon essentiel de la vie musicale autrichienne.

Une pétition est en ligne :
 
http://www.onlinepetition.at

Plus d’informations et des liens sur la page Facebook dédiée au sauvetage de cet orchestre : http://www.facebook.com/group.php?gid=77901152200&ref=ts

Par ailleurs, un excellent disque consacré à des œuvres de Berio vient de sortir chez Col Legno :