Paul Delvaux au Grand Curtius

Première exposition au Grand Curtius avec Paul Delvaux. Petit évènement à Liège car le peintre n’avait pas été exposé depuis….1977.

C’est dans le Palais Curtius que prend place cette rétrospective synthétique mais bien construite. Le visiteur découvre ainsi les différents périodes créatrices du peintre de ses débuts dans la lignée du néo impressionnisme aux toiles étranges et angoissées de la fin de sa vie. Curieusement les éclairages ternes et les plafonds bas de cette partie du Curtius renforcent l’étrangeté qui nait de ces toiles singulières.


La Gare Forestière de 1960. Moins connue que d’autres toiles, cette réalisation me fait curieusement penser au Douanier Rousseau par la végétation sauvage. Comme l’écrit Xavier Canonne dans le catalogue de l’exposition « Peintre visionnaire, Paul Delvaux est dans le Xxe siècle qu’il aura traversé un rêveur éveillé, l’un des héritiers les mieux dotés du symbolisme, l’ultime descendant d’un art idéaliste ».

Exposition à voir jusqu’au 28 juin 2009

1979, guerres secrètes au Moyen Orient


Yannick Denoël, auteur du Livre noir de la CIA (à paraître en poche très bientôt) vient de publier un intéressant ouvrage sur l’année 1979, tournant majeur au Moyen Orient : révolution islamique en Iran, prise d’otage à La Mecque, invasion de l’Afghanistan par l’URSS, exécution du premier ministre pakistanais Ali Bhutto…Les différents motifs de mécontentement des populations locales vont souvent prendre de cours les autorités (en Iran et Arabie Saoudite) et les puissances internationales. Alors que les USA sont en période de déclin, le leadership est assez discuté et un pays comme la France tente (avec un certain succès) de se faire une place sur l’échiquier politique local (en participant à l’assaut final de la prise d’otage de La Mecque…). Il n’en reste pas moins que les conséquences de cette année ont encore des échos de nos jours : le retour à une sévère tradition religieuse en Arabie saoudite, financement des talibans pour lutter contre les Soviétiques, tolérance à l’égard du programme nucléaire du Pakistan….Les graines de l’islamisme violent actuel sont alors semées…L’intérêt de cet ouvrage (qui n’est pas le premier sur le sujet) est de proposer une synthèse claire et bien construite et de bien remettre dans le contexte la situation d’alors. De la vulgarisation de haut niveau pour un ouvrage que l’on laisse à portée de main.

Yannick Denoël, 1979, guerres secrètes au Moyen Orient, Nouveau Monde éditions

Aka Moon à Liège

La série musique du monde de l’OPL accueillait hier une affiche très attendue : le groupe de jazz Aka Moon avec l’orchestre malien de percussions Black Machine et le musicien malien Baba Sissoko. Devant une salle chauffée à blanc et bien garnie, ce fut deux heures intenses et magiques. Donnée en première à Liège, cette production est reprise dans différentes villes de Flandres et à Bruxelles (31/03). Un disque sera disponible à l’automne prochain.  Entendre Aka Moon en concert restera toujours une expérience peu commune…

Rautavaara, les symphonies

Einojuhani Rautavaara est un compositeur majeur de notre époque en dépit de “sa modeste” réputation dans les pays latins. Il faut dire que sa musique puissante et narrative est très éloignée des canons de “l’avant garde” encore en vogue dans beaucoup d’institutions… (je n’ai d’ailleurs entendu en concert que la symphonie n°7 dirigée par Leif Segerstam et le VRO). Le compositeur a célébré ses 80 ans en 2008 et il peut regarder avec fierté une oeuvre riche et variée (quatuors, opéras, symphonies et concertos). Le label finlandais Ondine qui a gravé l’intégrale de son oeuvre propose en coffret économique ses 8 symphonies. Composé entre 1955 et 1999, ce corpus montre le savoir faire orchestral du compositeur. Cette musique chantante et dramatique prend sa source dans la grande tradition symphoniste : Mahler, Chostakovitch, Sibelius mais avec une lumière très indépendante. C’est également magnifiquement écrit pour l’orchestre et les pupitres sonnent avec rondeur et virtuosité. Ce cycle culmine dans des symphonies n°5 et n°6 au dramatisme prenant. Un voyage symphonique inattendu et personnel avec des orchestres finlandais, allemands et belge (l’ONB) sous des directions inspirées : Max Pommer, Mikko Franck et Leif Segestam.  




Les prédateurs du Kremlin….

Hélène Blanc (T comme Tchétchénie ; l’Empire Corrompu) et Renata Lesnik sont deux éminentes spécialistes de la Russie post URSS et des difficiles transitions entre le tout communiste et le tout libéral. Le tout récent Les Prédateurs du Kremin (1917/2009), nous plonge les racines de l’URSS pour mieux faire ressortir certaines tendances de fond et expliquer certains comportements actuels comme cet impérialisme arrogant russe qui n’est autre qu’une incapacité a accepter la chute de la domination de la Russie sur les pays d’Europe centrale et orientale. Les auteurs mettent en avant les contradictions entre un entourage présidentiel poutinien qui rêve de grandeur mais qui regarde angoissé l’état de ses comptes en banque issus d’une fortune acquise dans les détournements et la corruption. Violente, inégalitaire, corrompue, la Russie du duo Poutine/Medvedev, bénéficie pourtant de puissants relais : des élites des ex démocraties populaires (pas toujours détachées des services de l’ex KGB), des entreprises de ses oligarques tchékistes à l’église (peu)orthodoxe…Les auteurs posent aussi la question des rapports entre l’UE et la Russie et montrent surtout que cette pyramide autoritaire a des pieds d’argile…Les richesses et les achats tapageurs de l’élite russe (clubs de foot anglais et allemands, yatchs de parvenus) ne masquent pas l’extrême misère d’une grande majorité de Russes…

Petit bras….


Dans le Monde 2 du 21 mars, le lecteur découvre en page 5 une publicité pour la Flandre et ses villes (La Flandre qui squatte l’adresse : www.tourismebelgique.com). Me rendant au Palais des Beaux Arts de Bruxelles, je découvre sur une publicité pour une exposition au Musée des Arts Premiers de Paris, publicité que l’on retrouve sur les abris bus de Liège….

Un article de la Libre Belgique du 17 mars dernier nous apprenait que la prestigieuse foire de Maastricht (TETAF) n’avait aucune retombée pour Liège (distante de 30km…). Pourtant ce n’est pas les atouts qui manquent à Liège, ni à la Belgique francophone ; surtout en ce moment !!!! L’année 2009, voit l’inauguration du Grand Curtius de Liège, du Musée Hergé de Louvain La Neuve et du musée Magritte de Bruxelles sans oublier la nouvelle gare des Guillemins….et bien sur aucune communication internationale sur ces évènements…

Art en Allemagne : la Langen Foundation

En 1994, Müller fit l’acquisition d’une base de missiles de l’OTAN qui bordait sa propriété. Avec l’aide d’artistes amis, il rénova et aménagea le complexe militaire en logements et ateliers d’artistes. Des sculptures monumentales ornent l’ensemble qui est dominé par un sculture de Chillida (Begiari, 2000).

En 2004, Tadao Ando, a terminé un batiment qui héberge la collection de Viktor et Marianne Langen dédiée à l’art japonais (l’une des plus importantes collections en dehors du Japon) et d’art occidental. Sur 900m² de surface d’exposition, Ando déploie un bâtiment qui semble flotter sur la terre avec comme toujours chez Ando : un jeu sur les volumes et une ouverture sur l’extérieur qui semble dépasser les limites physiques du bâtiment…A l’intérieur (sur deux étages), les trois vastes salles d’exposition offrent un point de vue presque panoptique sur les oeuvres exposées…Tout est logique, calme, appaisant et permet une concentration maximale sur les oeuvres…Pour convaincre les amateurs d’architecture, il s’agit de l’une des rares réalisations d’Ando en Europe (avec le Vitra Design Museum de Weil am Rhein)

La présente exposition était consacrée à Jean Dubuffet


www.langenfoundation.de ( à quelques centaines de mètres de l’ïle aux artistes)

Art en Allemagne : Stiftung Insel Hombroich


Située à une vingtaine de km de Düsseldorf, la Fondation de l’ïle d’Hombroich est un complexe culturel rare et enchanteur ! Cet espace, au coeur d’une réserve naturelle, est né de la volonté du collectionneur Karl Heinrich Müller, de rendre accessible au public sa vaste collection d’art (des objets datant de l’Antiquité jusqu’aux réalisations contemporaines). Mais, ce projet dépasse le simple stade muséal et s’ambitionne comme une synthèse (réussie !) de l’Art et de la nature. Après quelques années de recherches, le collectionneur fixa son dévolu sur l’île d’Hombroich (en 1982). Le parc fut aménagé en espaces d’exposition(s), ateliers d’artistes et lieux de résidence des propriétaires par l’architecte Erwin Heerich et le parc fut remanié par le paysagiste Bernhard Korte. Les onze pavillons de briques rouges, baignés d’une lumière intérieure naturelle, servent d’écrin à la collection de Müller : Arp, Picabia, Fautrier, Klein, Kurt Schwitters, Calder, H.Kelly…Les collections du XXeme siècle dialoguent avec des pièces issues de différentes civilisations. Le parc est quant à lui agrémenté de sculptures…Foncièrement original, cet espace n’est en rien un musée de luxe ou de masse, mais un espace original qui voit la nature et l’art dialoguer de concert. Pour tous les amateurs de lieux culturels “originaux”, cette île est assurément en must et montre, encore, la richesse culturelle de la Rhénanie voisine…

Le site Internet minimal de l’île :

http://www.inselhombroich.de/main.htm  (acces très facile via l’autoroute Aachen/Düsseldorf ; 1H de route depuis Liège)

Demain, la Lagen Foundation et son bâtiment de Tadao Ando à quelques centaines de mètres de l’île aux arts…

Salonen….compositeur….

Essentiellement connu pour ses activités de chef d’orchestre, Esa Pekka Salonen se présente comme un “compositeur qui dirige” pour payer ses factures.
Son label DGG lui offre un nouveau disque de ses compositions avec son ex orchestre de Los Angeles.


Indéniablement le séjour du musicien venu du froid sous le soleil de Californie lui a été profitable et sa musique s’est illuminée… On retrouve des réminiscences de John Adams pour le côté virtuose et énergique et un certain héritage de son compatriote Magnus Lindberg dans le traitement des timbres. Sans être d’une nouveauté absolue, sa musique reste marquée d’une identité certaine, elle fait plaisir à entendre et offre une dimension directe et séduisante que peu de compositeurs possèdent (rires jaunes mouahhhh ah ah). On aime surtout le concerto pour piano et orchestre qui va chercher les notes et les rythmes à l’énergie avec des couleurs chaudes qui puisent chez Messiaen, Ravel ; une virtuosité tirée des pièces de Revueltas et une magie sonore digne d’un Ligeti. Souvent froid et distant dans ses prestations avec orchestre comme chef, Salonen fait ici le plein de tonus avec sa partition Hélix digne des meileurs opus de John Adams.  A entendre et entendre….

Poisons et Chostakovitch

 

Successivement j’ai lu 2 livres que je m’étais promis de lire il y a quelques temps , le premier :

Arkadi Vaksberg, le laboratoire des poisons de Lénine à Poutine, éditions Folio

En 1921, Lénine ordonnera l’instauration d’un « laboratoire des poisons » en vue de « combattre les ennemis du pouvoir soviétique ». Dès lors, les ennemis des tsars rouges et des tsars capitalistes furent souvent empoissonnés…Les meurtres plus ou moins mal dissimulés, étaient souvent cachés en « insuffisance cardiaque ou autre ». En dépit d’une plume qui se laisse parfois aller, le propos de l’auteur est clair et argumenté. L’amateur de musique apprend ainsi qu’une possible explication à la détestation stalinienne de l’opéra de Chostakovitch Lady Macbeth de Mzensk avait un lien avec une scène particulière : quand Boris prononce cette phrase « tant de personnes sont mortes après avoir mangé des champignons.. »…Le maître du Kremlin n’aurait pas supporté cette phrase si véridique…

Sans transition, le curieux label Monopole (présentation aussi abstraite qu’indigente) édite deux témoignages du compositeur dans ses œuvres. On commence avec une sélection de 16 des préludes et fugues (1951). La dureté du son ne fait pas oublier la force intrinsèque de la vision du pianiste. Mais le prix du disque réside dans une transcription pour deux pianos de la symphonie n°10. Rejoint par Moisei Vainberg, le compositeur ose les tempi les plus rapides, les contrastes les plus violents et emporte l’œuvre dans un souffle tragique qui fige le temps.

Le second livre une prochaine fois…