Eugène Jansson

Suite au petit mot sur l’exposition de peinture scandinaves à Lille, j’avais envie de parler d’un peintre suédois aussi extraordinaire que méconnu dans nos contrées : Eugène Jansson. J’avais découvert cette œuvre unique et intense lors d’une exposition au musée d’Orsay en 1999. La vie de Jansson (1862/1915), terriblement dramatique et malheureusement conforme à l’image traditionnelle de l’artiste miséreux et maudit. Né dans une famille modeste mais passionnée de musique, le jeune homme souffre rapidement de plusieurs ennuis de santé qui le frappent irrémédiablement de surdité et d’une maladie rénale.

En dépit des souhaits de son père, Jansson s’inscrit à l’académie des Beaux Arts de sa chère ville de Stockholm. Fuyant l’enseignement trop conservateur, il est embauché dans l’atelier d’Edvard Perséus, l’un des très rares modernistes de l’Académie. En 1891, Perséus et le père de l’artiste meurent coup sur coup. Le peintre doit alors entamer une vie de bohème sans le sous et avec sa famille à charge dont une mère tyrannique et peu stable mentalement. Ces années 1890 marquent pour le peintre une charnière artistique majeure avec la réalisation de scènes de nuit des rues de Stockholm. Plongées dans des teintes bleues nocturnes, ces toiles s’avèrent fascinantes par la vie et la force qui en découlent avec une fascination pour le vide de la ville désertée. Sa vie alterne alors entre périodes d’extrême misère et quelques fins de mois plus heureuses grâce à l’appui de mécènes visionnaires qui comprennent la richesse de cette œuvre inclassable. Fou de Chopin, il qualifie d’ailleurs de “nocturnes”, certains de ses tableaux.

Dès 1904, il abandonne les paysages pour peindre des scènes de nus masculins aux corps athlétiques. Sa santé se dégrade de plus en plus et il décède en 1915 des suites d’une attaque cérébrale. La seule rétrospective dans nos contrées latines fut celle mentionnée et son catalogue reste la seule compilation de textes et de reproductions sur ce peintre. Alors que l’œuvre d’un Spilliaert est toujours acclamée en Belgique, il est temps de monter un peu vers le Nord et de découvrir d’autres artistes.

En photo : Riddarfjärden, 1898, Huile sur toile, Stockholm, Musée National

Un peu de musique anglaise : Walton, symphonie n°1

Alors que l’OPL programme des pièces de Britten et Vaughan Williams sous la baguette de Paul Daniel, il est toujours intéressant de revenir à quelques pièces fondatrices de la musique anglaise ; aujourd hui : la symphonie n°1 de Walton. Oeuvre de jeunesse (1934), cette partition regorge d’énergie et de puissance, elle allie la force d’un Roussel et l’inventivité d’orchestration d’un Sibelius. La discographie, bien qu’assez limitée quantitativement, est de très haut niveau. L’une des meilleures versions est à mettre au crédit de…Paul Daniel et du Northern Philharmonia (Naxos). En complément, on trouve une autre partition volcanique : la Partita pour orchestre, commande de G.Szell et du Cleveland Orchestra. 

 

Magnus Lindberg à l’orchestre et au piano

 Magnus Lindberg a de la chance, comme John Adams, il est un des rares compositeurs dont les œuvres récentes sont fidèlement enregistrées un label majeur ; dans ce cas la firme finlandaise Ondine. Un tout nouveau disque nous offre trois partitions : Sculpture de 2005, Campana in Aria (1998) et le Concerto pour orchestre de 2003. Dans la droite ligne de Kraft, Sculpture, commande du Los Angeles Philharmonic pour l’inauguration de sa nouvelle salle de concert, est une partition explosive dans la droite de ligne du Sacre ou d’Amériques de Varèse. Campana in aria (pavillon en l’air) témoigne de l’intérêt des compositeurs actuels pour le cor (cf les récents concertos de Ligeti et C.Matthews), est surtout un hommage à Esa Pekka Salonen, corniste à ses débuts. La pièce est une brillante étude virtuose sur les possibilités de l’instrument dans le registre aigu. Pour clore le disque, le concerto pour orchestre, est une pièce à l’écriture brillante et maîtrisée, comme toujours chez Lindberg. Les interprètes finnois : orchestre de la radio, dirigé par S.Oramo sont, évidemment, excellents.


Dans le même temps, Naxos édite l’intégrale de sa musique pour piano sous les doigts de Ralph van Raat . Moins percutante que sa musique pour orchestre, ces partitions témoignent pourtant de l’évolution stylistique du compositeur vers une plus grande maîtrise de l’écriture. A prix Naxos, il ne faut pas se priver.

Histoire du snobisme

Alors que sort le film « Musée haut, musée bas » qui tourne en dérision le snobisme des musées, l’excellent Frédéric Rouvillois, auteur d’une indispensable Histoire de la politesse, nous offre en 408 pages, une mise en perspective d’un phénomène social immémorial et si actuel : le snobisme. Chassant la fausse particule, fort répandue, traquant le candidat refoulé au Jockey Club, poursuivant les snobismes de la mode, de la bouche, des goûts artistiques, des loisirs sportifs…l’auteur nous emporte à la découverte historique et argumentée d’un travers qui nous guette tous.  La plume précise et alerte fait de ce livre un moment autant de délassement que de vulgarisation.

 

 

 

En complément de cette lecture, on pourra accorder un intérêt à cette vidéo :

 

http://www.youtube.com/watch?v=G0WoW7hbOWA

Echappées Nordiques à Lille

 

Le Palais des Beaux Arts de Lille accueille jusqu’au 11 janvier une belle exposition sur les peintres scandinaves et finlandais en France. A partir de 1870, les artistes scandinaves se rendent en France pour se familiariser avec les techniques modernes et exposer dans les salons et galeries aux côtés des grands artistes de l’époque.

 

Pendant près de 30 ans, toute une génération de peintre(s) va visiter Paris mais aussi les régions françaises. Ils découvrent alors la peinture de plein air et l’impressionnisme. Ils développent alors une esthétique ou la lumière naturelle est privilégiée sur l’emploi de la couleur pure et la touche « impressionniste ». Il en découle une synthèse artistique particulière qui frôle parfois le symbolisme, ce n’est pas pour rien que le ce « plein airisme » nordique est nommé « symbolisme d’atmosphère ».

 

Cette belle exposition offre une belle galerie de tableaux des grands maîtres locaux : Hammershoi, Munch, Strindberg, Jansson, Achen.

 

Nous reviendrons prochainement sur quelques peintres scandinaves.

 

En photo, Georg Achen, Intérieur, 1901, Musée d’Orsay

 

 

 

Lille, averses de piano et de neige

Comme chaque décembre, nos collègues de l’Orchestre National de Lille organisent un Piano Festival sur un week end. Concertos et récitals sont au programme de l’événement avec des concerts au Nouveau Siècle, base de l’ONL, mais aussi au Conservatoire et au Théâtre du Nord. De cette journée de dimanche, on peut retenir deux récitals : ceux de Bertrand Chamayou et de Jean Philippe Collard Neven, un compatriote bien connu du côté de Liège.

 

Avec Betrand Chamayou, les auditeurs visitent les variations autour d’un programme inattendu qui nous fait traverser les siècles de Haydn à Crumb, en passant par Bartok, Liszt, Mendelssohn et Berio. On aime l’élégance du toucher et la compréhension des œuvres qui nous valent un Mendelssohn (Variations sérieuses) et surtout un Berio (Cinque Variazioni) formidables de musique et de maîtrise stylistique.



 

Une grosse heure plus tard, Jean Philippe Collard Neven s’attelait à un autre décloisonnement  de la musique du Byrd à Mantovani avec 11 morceaux de Frescobaldi, Mantovani, Byrd, Adès, Dowland, Ravel et Couperin. L’artiste, hautement talentueux, est assez doué pour imprimer une marque qui évite à ce récital de virer à la compilation pédante. On découvre, par ailleurs, deux merveilles de Bruno Mantovani : Suonare de 2006 et Etude pour les Agréments de 2003, fortes partitions qui affirment la personnalité unique de ce compositeur.


 


En conclusion de notre journée, l’ONL donnait un concert de concertos : le concerto pour piano et instruments à vents de Stravinsky avec Toros Can et le n°27 de Mozart avec B.Chamayou. Le plus intéressant résidait dans la prestation du jeune chef espagnol : Roberto Fores Veses (élève de J.Panula et lauréat de différents concours) qui galvanisait un orchestre et se montrait attentif aux solistes : le Stravinsky était bien carré et le Mozart s’avéra fin et altier. Toros Can, pourtant rompu à la musique contemporaine, passe à côté du Stravinsky avec un manque de puissance et d’impact alors que B.Chamayou fit preuve de ses qualités musicales pour imposer un Mozart franc et direct.

un disque pour le Week end ; Mahler par Harding

Un petit disque pour ce week end déjà bien hivernal : la symphonie n°10 de Mahler par D.Harding et le philharmonique de Vienne. Un incontestable accomplissement musical pour un chef encore très décrié et critiqué.

Prosper de Troyer, belge et futuriste

 

Prosper de Troyer (1880/1961) n’est pas du genre précoce car il participe à sa première exposition à l’âge de 34 ans. Après avoir tâté de l’expressionisme et du fauvisme (dans sa version brabançonne), il rencontre, en 1920, Marinetti, le Pape des futuristes et quelques artistes du mouvement. C’est l’époque des expérimentations radicales : ses tableaux abandonnent toute référence figurative pour se concentrer sur des accumulations de formes géométriques ; il expose alors ses toiles en Italie ou les commentateurs les apprécient. Après 1920, il s’en retourne à un art figuratif mâtiné d’expressionnisme avec pour thème principal la vie quotidienne et les paysages.

 

Huile sur bois de 1920 (150×99), la Couturière est également une propriété des MRBB de Bruxelles. Cette toile est dans le plus pur esprit futuriste avec son accumulation de scènes successives lointain héritage de la  chronophotographie de Marey. On peut apprécier la réussite des séquences cinétiques qui voient la couturière réaliser différents mouvements nécessaires à la réalisation du vêtement. Parfumée de cubisme, cette toile propose une vision particulière mais forte du futurisme.

Tartuffe va dans le 93


Les médias français se sont largement fait écho du projet du ministère de la
culture de « mettre au vert » une partie de la comédie française à Bobigny.

La prestigieuse institution cherche une nouvelle salle et le ministère à proposé
de décentraliser ces activités en banlieue nord : la MC 93 étant une salle
moderne datant de 1980 qui peine à remplir ses travées avec une programmation
d’avant garde en importation directe d’Allemagne et d’Europe de l’Est
(comprendre spectacles d’avant garde « radicale ) . Après avoir été enterré, le projet, selon Liberation, revient à
l’avant scène.

Tout monde devrait se réjouir d’une telle décentralisation vers un département
mal aimé,effort de « démocratisation » de la culture somme toute
logique….Par ailleurs, l’existence même d’une telle salle, bien équipée et bien
implantée évite d’en construire une neuve et donc de plomber un peu plus des
budgets qui ne vont pas en augmentant. Pourtant, le landerneau culturel
parisien s’émeut et pousse des cris d’orfraie devant cet « oukase », on peut
d’ailleurs lire sur certains forums des commentaires et comparaisons
passablement déplacés en terme de référence historique. Le tout laisse songeur
car bien évidemment tous les acteurs arguent qu’ils critiquent « la forme » et
pas le « fond » mais cela démontre bien à quel point un certain milieu culturel
marche sur la tête et à quel point certains considèrent les institutions
publiques comme leur propriété privée.  Ce qui fait penser à ces gens des beaux
quartiers qui sont « complètement convaincus » de la nécessité de construire des
logements sociaux, mais pas à côté de chez eux…

Quelques liens vers des articles plus étoffés sur le sujet

http://www.liberation.fr/culture/0101266519-rapprochement-comedie-francaise-mc93-albanel-refuse-de-renoncer

http://culture.france2.fr/scene/actu/48620674-fr.php

Jules Schmalzigaug, belge et futuriste

Alors que la grande exposition « Futurisme » à Paris, le boude ; ce dimanche est
l’occasion d’évoquer la figure de Jules Schmalzigaug, peintre belge et surtout
futuriste.

Né à Anvers, l’artiste (1882/1917) se forme à Bruxelles dans la classe d’Isidore
Verheyden, peintre naturaliste bien oublié dont il suit alors l’esthétique. En
1910, il multiplie les visites à Paris et fréquente avec régularité les
modernistes et les cubistes en particulier. En 1912, le Manifeste des peintres
futuristes et une exposition à la galerie Bernheim Jeune, le secouent et le
jeune homme se rend à Venise tout en se convertissant aux formes futuristes. En
1914, il prend part à l’exposition : Prima Espozizione Libera Futurista
Internationale à Rome. La guerre éclatant, il se réfugie en Hollande tout en
poursuivant son travail. Très fragile mentalement, il se suicide en 1917.

Propriété des Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique, le portrait du Baron
Francis Delbeke reste le tableau le plus connu de son auteur. Cette gouache et
pastel sur carton  de 1917 (89,5×125,5) présente le baron Delbeke à son bureau
de travail. L’espace est découpé par des rayons du soleil en une série de
triangles. Le peintre fait ici tourner la lumière reflétée par une multitude de
prismes. Curieusement alors que les futuriste exhalent la vie moderne et la
civilisation industrielle, ce portrait associe un certain naturalisme au
langage syncopé et énergique des futuristes.

Nous parlerons prochainement d’un autre peintre belge proche des futuristes :
Prosper de Troyer.