La salle de La Villette, le début de la fin ?

Les nouvelles de la musique en France ne sont pas des plus bonnes. Certaines institutions vont très mal : Orchestre d’Avignon/Vaucluse, Opéra théâtre de Compiègne, d’autres sont considérées comme plus trop dans le vent : concours de la ville de Paris.

 

Mais le dossier parisien reste préoccupant, au détour d’un entretien avec un ponte culturel de la mairie de Paris, on apprenait que l’Ensemble Orchestral de Paris (en quête d’un chef permanent) était au cœur d’un débat quant à sa survie.    

 

Un ami m’a envoyé le lien vers un sondage initié par la ville de paris pour questionner le « public de la musique classique » sur  ses pratiques :

 

http://surveys.globalepanel.com/wix/p252884398.aspx

 

C’est très intéressant car les questions semblent un plaidoyer pour ne pas choisir La Villette et sa future salle comme lieu préféré de concerts classiques…En effet, en terme de facilité d’accès, il est plus logique de préférer Pleyel à la porte de Pantin…. Un autre point demande au public de réagir par rapport à l’offre de concert….on peut alors librement cocher la case « trop abondante ».

 

En ces temps de vaches maigres, cette enquête n’est=elle pas un bon prétexte pour évacuer vite fait, bien fait, cet épineux problème ?  Certes, Paris a, sur le fond, besoin d’une vraie salle de concert, mais le public parisien ne semble pas extensible et les salles sont, d’après des amis observateurs, loin d’être pleines….  

 

Le débat nous apparaît tout autre. A quoi bon s’évertuer à construire une salle à l’intérieur de Paris pour 2 millions d’habitants déjà saturés alors qu’il existe près de 8 millions de franciliens presque laissés pour compte. S’il est déjà difficile d’accéder à La Villette depuis certains points de Paris, qu’en est il, en semaine, depuis Versailles, Corbeil en Essonne ou Meaux…Pourquoi ne pas renforcer la présence francilienne des orchestres de la Capitale ou même en décentraliser un  ? Certes, l’Orchestre National d’île de France existe, mais il ne peut, à lui tout seul, offrir assez de musique au plus grand nombre.  Cela ne semble pas un souhait disproportionné : l’année de sa création (67/68), l’Orchestre de Paris a donné : 47 concerts à Paris, 7 en banlieue, 26 en province…Les habitants de Mantes la Jolie avaient pu voir Serge Baudo et ceux de Saint Cloud : Jean Pierre Rampal dirigé par Karl Munchinger.  Par comparaison, en 1986/87, il en donnait : 85 à Paris et 1 en Province. J’imagine que l’orchestre de Paris, d’Eschenbach ne va même pas une fois en banlieue…   

Inghelbrecht et Debussy

Chef d’orchestre et compositeur, Désiré Emile Inghelbrecht (1880/1965) était d’origine belge et anglaise. Proche de Debussy, il fut le créateur de la Marche écossaise et de la Boîte à Joujoux alors qu’il était chef des chœurs à la création du Martyre de Saint Sébastien.

 

A la fin les années 1990, Naive publia un beau coffret qui voit le vieux chef conduire Debussy à la tête des troupes de l’ORTF dans Pelleas, le Martyre de Saint Sébastien  et les tubes symphoniques. Ce coffret vaut essentiellement pour les saveurs instrumentales typiques de l’école française d’alors. La comparaison avec l’état actuel de l’Orchestre est éloquente. En 50 ans, un orchestre, certes friable techniquement, mais aux sortilèges très « verts », est devenu une phalange au son inodore et incolore….

tugan Sokhiev et l’orchestre du Capitole de Toulouse

Semaine « jeunes chefs » car après Dudamel à Luxembourg, Tugan Sokhiev (né en 1977) se présentait au Palais des Beaux Arts de Bruxelles avec ses forces toulousaines. Ce concert était placé dans le cadre de la présidence française de l’UE. On sera gré aux organisateurs de faire tant d’efforts pour le prestige de la musique française car le chef et ses musiciens proposaient un gala….100% Rachmaninov.

 

Tout d’abord on est heureux d’entendre un orchestre français qui possède une identité sonore française…Le son limpide des cordes et la luminosité franche des vents témoignent de se savoir faire sonore de l’école française. On est loin des sons standardisés des orchestres parisiens…et c’est très bien. Parmi les musiciens, on retrouve quelques figures importantes comme le corniste Jacques Deleplancque, professeur au CNSM de Paris.

 

De Tugan Sokhiev on admire la précision et l’engagement avec une gestuelle qui n’est pas sans évoquer celle de son professeur Yuri Temirkanov. En ouverture de concert, le célèbre Rach 2 avec D.Mastuev en soliste. La technique est phénoménale, la musique est….absente :  tout dans virtuosité froide…Dès lors même si Sokhiev fait ce qu’il peut…on s’ennuie beaucoup trop surtout dans le mouvement lent… Les deux bis ressemblent plus à du péplum qu’à de la musique avec un prélude de Rachma et une libre interprétation de Peer Gynt de Grieg qui écrasent complètement le clavier du pauvre Steinway…

 

En seconde partie, place à la musique avec des Danses symphoniques subtiles mais violentes qui mettent en avant la grande qualité des pupitres. 2 bis : Debussy et Tchaikovski…

Marco Polo à Amsterdam

Le Nederlandse Opera d’Amsterdam (DNO) propose, en novembre, un projet socio culturel en marge de ses représentations de Marco Polo, l’opéra (trop bien pensant ?) de Tan Dun.

 

Ville (comme Bruxelles) beaucoup trop enfermée dans un communautarisme, Amsterdam a bien besoin de ponts entre ses habitants. Le vaste projet propose de nombreux ateliers dans les écoles et les quartiers ainsi que la création d’un vaste chœur amateur qui devra créer, le 28 novembre, une partition de Bob Zimmerman devant le Muziektheater siège de l’opéra d’Amsterdam (1500 choristes sont annoncés). Un bus itinérant présentera une exposition sur le thème des routes de la soie et de la rencontre des cultures (expo réalisée par des jeunes).

 

Le seul regret : les participants n’auront pas la possibilité de vivre en « live » l’événement car le DNO n’a pas les moyens d’inviter les participants à assister à une représentation…c’est bien dommage…;

Histoire des services secrets britanniques

Les éditions Nouveau Monde proposent en traduction française le dernier ouvrage de Gordon Thomas : Histoire des Services secrets britanniques. Grand spécialiste du renseignement et de ses nombreuses facettes (culture qu’il a reçu dans le biberon car sa famille faisait partie de ce monde à part), G.Thomas nous a livré quelques opus indispensables comme les Armes secrètes de la CIA ou l’Histoire secrète du Mossad (désormais disponibles en poche). C’est donc avec impatience que l’on attendait cette nouvelle somme (602 pages) et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on est déçu. Ecrit trop vite cet ouvrage part dans tous les sens alors que les tics d’écriture de l’auteur deviennent parfois plus que pénibles : à ces grands messieurs de l’espionnage, vêtus de leurs costumes sombres, filant au volant de leurs limousines sur le coup de 6 heures du matin…

 

Sur le fond, c’est souvent intéressant, on apprend beaucoup de choses mais il manque à ce livre une solide armature.

 

Pas de chance pour Nouveau monde qui avait également mis sur le marché le très bâclé : les Services secrets chinois de Mao aux Jo de Roger Faligot.

le phénomène Dudamel !!!


 

L’orchestre symphonique de Göteborg (orchestre national de Suède) accomplit une grande tournée européenne sous la conduite de son chef titulaire : Gustavo Dudamel.

 

Après Cologne, cette équipe faisait escale à Luxembourg. Gustavo Dudamel est  présenté, par sa maison de disque, comme « le » jeune chef du moment. Le connaisseur du milieu reste souvent dubitatif devant la succession de nouveaux jeunes musiciens vantés comme la nouvelle merveille…Fort heureusement avec Dudamel, on est en présence d’un tempérament et d’un chef hors du commun. Sa gestique témoigne d’une assurance et d’une maîtrise sidérante pour un chef né…en 1981…Une technique éprouvée, aussi bonne soit elle, n’est qu’une petite partie des qualités requises pour transcender une œuvre…Là encore, Dudamel témoigne d’une grande compréhension de ce qu’il dirige et d’un sens du style inné. A l’intérieur d’un même mouvement, il parvient à une flexibilité des tempos et des balances que seuls les grands sont capables d’imposer à leurs orchestres. La symphonie n°4 de Nielsen était ainsi portée par à incandescence par un chef attentif aux équilibres, aux nuances mais surtout à la construction de l’œuvre avec de micro-inflexions du discours. Le tout sonnait avec évidence, sans esprit démonstratif ou pseudo-intello.

 

Un musicien d’une telle envergure s’avère même apte à tirer le maximum d’une banale pièce de circonstance comme Exquisite Corpse d’Anders Hillborg  (sorte de seconde pression de Magnus Lindberg et de quatrième pression de Sibelius) qui  paraissait même intéressante sous une battue qui tendait le discours au maximum. Rien à redire du concerto de Sibelius avec  Sergey Khachatryan. Certes la technique est impressionnante, tout est hyper maîtrisé, mais (à la différence de Dudamel), on peine à être ému…Mais bon, on était venu pour Nielsen.

 

On connaît l’orchestre de Göteborg par ses nombreux disques avec Neeme Jarvi mais l’observateur reste assez stupéfait par la qualité de cet ensemble qui possède une homogénéité des cordes fort impressionnante avec des couleurs grisés-mates du plus bel effet dans cette musique scandinave.

 

En bis, deux petites partitions, du local suédois et du latino. Dans la pièce sud américaine, Dudamel entraine ses musiciens dans une danse frénétique avec un pupitre de cuivre qui se déhanche…

 

Dudamel fait penser à Bernstein par sa manière de passer saluer tous les pupitres de l’orchestre. 

Baguettes russes, actions en forte baisse.


 

Si pendant longtemps l’école russe de direction était aux sommets, elle semble en ce moment battre un peu de l’aile à l’exception de grands anciens comme Temirkanov et Kitaenko (et dans une certaine mesure Gergiev  et Jurowski quand ils sont inspirés).

 

Le Nederlandse Opera reprend en ce moment sa production de Boris Godounov dans la mise en scène de W.Decker (il en existe un DVD chez TDK filmé à Barcelone lors d’une autre reprise). Si, comme toujours, le savoir faire méticuleux de Decker séduit et rend lisible l’action, la direction d’orchestre était en rase campagne. Formé à la grande école russe et ancien chef du Bolchoi, Alexander Lazarev a fait fort pale  impression…Sa direction anémique se limite à mettre en place les notes et à ne pas couvrir les voix. Dès lors, ce chef d’œuvre de la musique paraissait même parfois ennuyeux….

 

Changement de génération avec un jeune chef russe (Vassily Petrenko) qui vient de prendre la tête de l’orchestre philharmonique royal de Liverpool. Gros culot car pour son premier disque chez Naxos, Petrenko ose
la  Symphonie « Manfred » de Tchaïkovski.  La barre était placée trop haut, le chef a certes du tempérament, mais il se dissipe beaucoup trop et cette épopée romantique vire au feu d’artifice brouillon. Par ailleurs, ce disque est très mal enregistré !  

Britten chez EMI

L’exploitation des fonds EMI bat son plein : après Oistrakh, Karajan et Rattle et en attendant Rostropovitch, le label au chien compile ses enregistrements Britten. Le résultat est un beau coffret de 37 Cd qui reprend tout ce que EMI ou Virgin a enregistré du grand compositeur insulaire.

Blackwater, l’armée privée la plus puissante du monde….


 

Le fait marquant de la « guerre contre le terrorisme » qui touche l’Irak, c’est l’incroyable ascension des sociétés privées de sécurité du type Halliburton et surtout Blackwater.

 

C’est cette dernière « entreprise » qui est passée au scanner par  Jeremy Scahill dans son opus Blackwater, l’ascension de l’armée privée la plus puissante du monde (édition française Actes Sud, traduction de Chloé Baker)

 

Ce qu’on y apprend est proprement effarant. Fondé par des individus proche de l’ultra droite catholique et conservatrice, ce groupe mercantile a su profiter de la présidence belliciste de G.Bush pour faire fructifier son chiffre d’affaire (mais attention, cette privatisation de la guerre remonte à la fin des années 1980 et B.Clinton fut le premier président à mettre en marche cette orientation). Aux côtés de l’armée américaine et de ses alliés, des hordes de cow-boys hors des lois (ils sont soumis à l’impunité) rivalisent de brutalités en Irak, se mettant ainsi à dos une population exaspérée par les violences. Mais le programme de ces entreprises est bien plus vaste. Elles savent profiter de leurs puissants liens avec le pouvoir pour imposer à chaque catastrophe ou tension internationale, une solution « privée » considérée, par eux, comme plus efficace et moins couteuse.   Le pire est bien là ! Car appuyée par les dirigeants d’une puissance en déclin, cette « solution privée », présente de nombreux avantages : intervenir rapidement sans avoir à passer devant l’ONU et surtout le Congrès, une sorte de milice pour les basses œuvres quand les « intérêts » sont en danger. A terme, les dirigeants de Blackwater ambitionnent même de vendre leurs services à des entreprises privées… « menacées » aux quatre coins de la planète. « Formation de troupes », entrainement au tir, protection de personnalité…c’est tout un catalogue de la terreur qu’offre Blackwater…

 

Pour l’instant, à part remplir les poches de leurs dirigeants et se mettre à dos les populations locales, la solution « Blackwater » n’a pas fait ses preuves, et c’est peu dire !!! Car ces soldats sont facturés au gouvernement à des prix absolument vertigineux. Pour faire des économies sur les frais du personnel, Blackwater n’hésite pas à diversifier son recrutement vers l’Amérique du sud où des anciens régimes dictatoriaux locaux s’offrent ainsi une nouvelle vie sous les tropiques et armes à la main. Les tortionnaires de Pinochet, mis au ban et menacés de poursuite chez eux, se retrouvent à porter fièrement les armes pour des entreprises qui valorisent « leur savoir faire ».

 

Dès lors, cette évolution est très inquiétante à de nombreux titres…      

Philippe Gaubert chez Timpani


 

Chef d’orchestre et flutiste, auteur d’une méthode et de pièces qui sont à la base du répertoire pour flûte des étudiants, Philippe Gaubert (1879-1941) est un compositeur de grandes formes méconnu. L’Orchestre du Luxembourg via son contrat chez Timpani vient de consacrer un beau disque à l’œuvre symphonique de Gaubert. On découvre du beau travail d’artisan plutôt doué dans la droite ligne du savoir faire « français » des compositeurs du début du XXe siècle. On retient surtout les superbes Chants de
la Mer. Belle prestation de l’orchestre du Luxembourg dirigé par Marc Soustrot même si on aimerait parfois plus lumières dans les timbres.