Le phénomène Daugherty

 

 

Michael Daugherty (né en 1954) connaît une popularité grandissante aux Etats-Unis. Influencé par différents courants autant de musiques sérieuses que populaires et par l’esprit de la BD, l’artiste sait manier l’orchestre avec une virtuosité qui doit à Gershwin, Bernstein, Copland. Comprendre qu’il écrit une musique efficace dans un style narratif, lisible et assez spectaculaire ! Naxos vient d’éditer deux disques de ses œuvres. Le premier reprend différents partitions composées lors de son passage à l’orchestre de Detroit en temps que compositeur en résidence lors du mandat de Neeme Järvi à sa tête. 

 

 

L’imposante MotorCity Triptych pour orchestre rend hommage à  ce berceau de la construction automobile qu’est Detroit. Le ton est puissant et carré avec des solos instrumentaux exigeants surtout chez les cuivres. C’est de la musique orchestrale cursive et brillante…Certes, son art est plus synthétique que moderniste, mais c’est de la solide musique d’un compositeur compétent et séducteur…

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 heures dans la vie d’un Krach

 

Ancien journaliste financier, Philippe Nicholson vient de publier son premier roman, Krach Party, chez le « petit éditeur » Carnets nord. Le bouche à oreille qui fonctionne à merveille et un petit article dans le supplément du Monde de la semaine dernière titillent l’intérêt pour  cet opus.

 

En 24h de 7h02 à 7h02, l’auteur expose différents instants et différentes personnalités prises dans l’incroyable chute des marchés financiers. Le rythme ultra-rapide et la plume incisive, presque chirurgicale, de l’auteur détruisent inexorablement et sur un tempo rapide des carrières, des personnes, des couples aux fondations fragiles et à la consommation de drogue(s) vertigineuse.

 

La violence des propos remplace, souvent,  la violence physique dans ce tourbillon qui dévaste tout et où l’arroseur est souvent l’arrosé dans un univers de duperie, de couardise, de trahison et de mensonge.

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Patrimoine en France, la grande braderie i

Je donne en lien et je cite un article de Didier Rykner pour la Tribune de l’Art

(http://www.latribunedelart.com/Patrimoine/Patrimoine_2009/Decentralisation_Monuments_550.htm)

 

On doit reconnaître une chose au gouvernement de Nicolas Sarkozy : son obstination à s’attaquer au patrimoine historique. Alors que l’avis conforme des architectes des bâtiments de France dans les ZPPAUP est toujours gravement menacé (nous y reviendrons bientôt), alors que les éoliennes se développent de manière anarchique allant jusqu’à menacer le site du Mont-Saint-Michel, alors que l’on s’apprête à privatiser l’Hôtel de la Marine, un nouveau coup va être porté aux monuments historiques par la loi de finance de 2010.

   Nous avions dénoncé en son temps l’opération de décentralisation de monuments appartenant à l’Etat initiée par Jean-Jacques Aillagon lorsqu’il était ministre de la Culture (voir l’éditorial du 22/6/03). Celle-ci avait clairement échoué comme nous l’avions plusieurs fois affirmé et contrairement à ce que prétendait le ministère, puisque très peu d’entre eux avaient finalement été récupérés par les collectivités locales. Il fallait donc aller plus loin, et plus vite. L’article 52 de la loi de finance, en cours de discussion au parlement, va le permettre. Signalons que Le Journal des Arts, sous la plume de Sophie Flouquet, a été le premier (et le seul à notre connaissance), à alerter l’opinion sur cet article « ajouté en catimini […] à la demande du Premier Ministre, sur lequel Frédéric Mitterrand s’est bien gardé de communiquer »1.

   Il est donc prévu de supprimer tous les garde-fous qui avaient malgré tout été posés en 2003  :

- une liste, établie par une commission présidée à l’époque par René Remond, avait été constituée afin de prendre en compte certains critères patrimoniaux ; celle-ci prévoyait notamment que les monuments considérés comme d’importance nationale devaient rester dans le giron de l’Etat : demain, tous les monuments appartenant à celui-ci pourront être transférés au collectivités locales  ;

- seuls les édifices dépendant du Centre des Monuments Nationaux pouvaient être transférés : désormais, ce sont tous ceux appartenant à ses « établissements publics » ;

- les bâtiments devaient être cédés comme un ensemble : demain, c’est « tout ou partie des immeubles » dont la propriété pourrait changer,

- les objets mobiliers étaient relativement épargnés puisque seuls ceux appartenant aux monuments transférés étaient également cédés et que la liste n’en comportait aucun : désormais, n’importe quel objet mobilier classé ou inscrit peut être cédé à une collectivité territoriale.

- La possibilité de transfert était très réduite dans le temps (un an après la parution du décret précisant les monuments pouvant être concernés) : à l’avenir, cette possibilité de transfert sera permanente, 

- Le ministère de la Culture n’étant pas prévu dans le processus initial, n’aura jamais son mot à dire : tout dépendra du « représentant de l’Etat », c’est-à-dire du préfet.

   La motivation du gouvernement est évidente : les monuments historiques coûtent cher, il est donc urgent de s’en débarrasser. Pour résumer de manière simple : si ce texte est voté par le Parlement, tout monument, musée ou objet appartenant à l’Etat pourra être transféré sur seule décision du préfet à n’importe quelle collectivité territoriale pourvu qu’elle en fasse la demande2. Pourquoi pas une cathédrale ? Pourquoi pas le Petit Trianon (ill.), puisque les immeubles peuvent être divisés ? Pourquoi pas un musée national ?

   Si un jour la collectivité territoriale n’est plus capable de prendre en charge l’entretien de l’édifice, rien ne l’empêchera de le revendre à n’importe qui puisque aucune disposition contraire n’est prévue. Ainsi, chaque monument ou musée appartenant à l’Etat aurait vocation à se retrouver en mains privées. Certes, l’appartenance au domaine public des collectivités territoriales suppose, comme pour le domaine public de l’Etat, l’inaliénabilité et l’imprescriptibilité. Mais la sortie du domaine public est d’autant plus facile pour une collectivité territoriale que le contrôle de l’Etat tend à se faire plus lâche. Il suffira de déclasser l’immeuble sous prétexte qu’il n’est plus « affecté à un service public ou à l’usage direct du public ». Et une chose est certaine : si les monuments et les objets appartenant à l’Etat sont soumis à un certain contrôle des conservateurs des monuments historiques, celui-ci est quasiment inexistant lorsqu’il s’agit de biens appartient à une ville, à un département ou à une région.

   A l’heure où le gouvernement lance un débat contestable sur l’ « identité nationale », on est en droit de s’interroger : l’identité nationale ne passe-t-elle pas d’abord par le patrimoine national, propriété de tous, que l’Etat a le devoir de protéger ? Voila une nouvelle question que nous aimerions poser au Ministre de la Culture.

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Mariss Jansons dirige Wagner

 

 

Mariss Jansons multiplie les disques, depuis la rentrée de septembre, cette galette Wagner est son sixième disque alors qu’un DVD a même été réalisé. Il faut qu’entre les labels auto-produits de la Radio Bavaroise et du Concertgebouw d’Amsterdam sans oublier les éditions de concerts munichois chez Sony, le « meilleur chef du monde » ne chôme pas…

 

Tirée d’un programme de tournée du printemps dernier, cette galette Wagner  a tout pour plaire et l’orchestre de la radio de bavière connaît son Wagner sur le bout des doigts.

 

Ce concert commence avec une relative prudence : l’ouverture de Tannhäuser pourrait s’avérer plus pugnace et grandiose (genre Solti/decca), mais dès la Bacchanale le rythme de croisière est lancé et le chef fait pulser la musique ! Les extraits de Lohengrin continuent sur cette lignée, mais c’est les pages du Crépuscule des Dieux qui font le prix de ce disque avec un voyage de Siegfried sur le Rhin spectaculaire et une marche funèbre grandiose !

 

 

   

 

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Tout Aldo Ciccolini chez EMI

 

 EMI qui exploite avec intelligence son catalogue sous forme de gros coffrets sort cette semaine l’intégrale des enregistrements qu’Aldo Ciccolini a réalisé pour la filiale française de EMI. Il en résulte 56 disques qui proposent les sommes gravées par le pianiste et qui figurent encore aux sommets des discographiques : Satie, Debussy, De Séverac, la musique espagnole… Mais aussi quelques raretés dont des enregistrements de Bach, Beethoven, Brahms, Chabrier, Couperin, Granados, Mozart, Mendelssohn, Rameau, Scarlatti qui connaissent, pour la première fois, les honneurs du disque compact. On découvre même un inédit absolu : des tableaux d’une exposition qui n’avaient jamais été publiés…Le patrimoine belge n’est pas oublié avec du Franck gravé  à Liège et Bruxelles (les Djinns avec un orchestre national de Belgique bien débrayé sous la direction d’A.Cluytens)….

 

La notice de présentation, courte mais intelligente, propose des propos du pianiste et d’artistes qui lui sont chers : Philippe Cassard, Nicholas Angelich et Jean-Yves Thibaudet.

 

 

 

 

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Ravel, l’effet Nézet-Séguin

 

Le chef d’orchestre canadien Yannick Nézet-Séguin est des jeunes baguettes que l’on s’arrache. Invité par les grandes phalanges, il est déjà chef invité privilégié au London Philharmonic, il a succédé à Valery Gergiev comme directeur musical de l’orchestre philharmonique de Rotterdam et il a ses habitudes au festival de Salzbourg où il va diriger, l’été, prochain, deux opéras !  Nous l’avions entendu à Amsterdam dans la redoutable et ultra difficile Affaire Makropoulos de Janacek.

 

EMI lui offre donc la possibilité de graver un premier album symphonique avec son nouvel orchestre. L’orchestre doit se rappeler les leçons de Jean Fournet qui fut son chef entre 1968 et 1973 car l’orchestre donne une leçon de couleurs françaises aux 9/10 des phalanges hexagonales !  

 

Il suffit d’écouter les Valses nobles et sentimentales pour se convaincre de la compréhension exemplaire de cette musique. Redoutables, ces pièces sonnent ici de manière parfaite avec une alliance entre chorégraphie et nostalgie. La suite de Ma Mère l’Oye est bercée avec douceur et amour tandis que la suite n°2 de Daphnis et Chloé s’affirme avec puissance et sens du théâtre.

 

Il y avait Munch, Martinon, Boulez, Ozawa, Abbado, il faut désormais ajouter Nézet-Seguin qui n’a rien à céder à ses illustres aînés.

 

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Alfred Hitchcock : l’Etau….

Avant-dernier film de la période étasunienne d’Alfred Hitchcock, l’Etau (1969), ne rencontra pas un très grand succès à sa sortie. Ce second film sur la guerre froide du maître du suspense après Le rideau déchiré (1966), prenait l’opinion publique à rebrousse poil…et peine à cause d’une distribution inégale. 

 Cette histoire d’espionnage au temps de la crise des missiles à Cuba prend clairement partie contre les castristes…à une époque où ces derniers apparaissaient fort sympathiques auprès des jeunes générations :

 

 1962. Boris Kusenov, un haut fonctionnaire Soviétique, décide de passer à l’Ouest, avec sa femme et sa fille. En échange de l’asile politique aux U.S.A., Il doit fournir des informations aux Américains sur l’installation des missiles Russes à Cuba. Il révèle aux agents de la CIA qu’un membre de la délégation Cubaine aux Nations Unies détient des documents qui font toute la lumière sur cette affaire. Cet homme peut être approché, mais il refusera de parler aux Yankees. La CIA fait alors appel à André Devereaux, un agent français afin de contacter Uribe Au terme de multiples rebondissements, qui conduisent André Devereaux à Cuba, le transfuge révèle l’existence d’un réseau prosoviétique dans les plus hautes instances du contre-espionnage Français.

 

Pour l’anecdote,  la France refusa la projet de fin du film qui voyait un proche du général de Gaulle passer à l’Est…Le réalisateur « refit » une fin qui voyait l’une des taupes soviétiques se faire tuer lors d’un duel…Mais le public refusa cette fin lors d’une projection « test » privée et le cinéaste se vit obligé de bricoler une autre conclusion avec des chutes…

 Il n’empêche, le vieux sorcier de la caméra produit un film d’un grand esthétisme avec des décors luxueux…Certaines scènes, comme celle du début avec la fuite improvisée de l’agent de russe, rendent bien le côté aventureux de cet exil vers l’Ouest. On découvre aussi des références à l’histoire de l’art…

La musique, très efficace, est de Maurice Jarre. Il remplace  le grand Bernard Hermann avec qui  Hitchcock était brouillé…

 Du côté des acteurs, il faut s’accommoder du jeu incroyablement raide de Frederick Stafford, genre Roger Moore en encore plus statique et tendu ! On relève aussi quelques jeunes acteurs français de ces années : Michel Piccoli et Philippe Noiret.

 

 

 

Le nom du film en anglais est Topaz, il est devenu l’Etau en français pour ne pas faire doublon avec le film de Fernandel…

 

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Nous avions un rêve…

Jake Lamar (né en 1961) est un Américain vivant à Paris. Après avoir été journaliste pour le Times, il s’est imposé comme un romancier à succès.

 

Les éditions Payot remettent au format poche son « Nous avions un rêve ».

 

 

Melvin Hutchinson est en passe de devenir le premier vice-président noir des Etats-Unis. Ministre de la justice, il est populaire auprès de la population. Mais, l’Amérique décrite par l’auteur n’est guère humaniste, ni tolérante. Les délinquants sont rééduqués dans des camps, les exécutions capitales sont diffusées à la télé et aucune peine n’est trop lourde ou trop sévère pour une société à la communautarisation aussi extrême qu’explosive…

 

L’auteur parvient à maintenir une tension de bout en bout en imbriquant les vies et les personnages dans un labyrinthe géant qui va s’effondrer comme un château de carte.

 

Juste une petite réserve sur la fin, trop expédiée….

 

 

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Wagner à Weimar et quelques réflexions….

 

 

Le marché du DVD classique compte environ 3000 titres fréquemment disponibles. Le marché s’organise autour de gros acteurs : Opus Arte, Arthaus, Medici, Bel Air qui s’assurent la diffusion des productions des grandes maisons. D’autres comme Dynamic se placent sur la commercialisation d’œuvres plus rares en provenance de maisons italiennes. Quant aux majors, leur positionnement relève plus de la parcimonie avec quelques nouvelles productions noyées dans un flot de rééditions.  D’autres labels, moins diffusés comme VAI, se consacrent à des rééditions de captations de concerts ou de productions.

 

Si toutes les maisons d’opéra qui comptent tentent de s’assurer une visibilité sur le marché, certaines ont une longueur d’avance…Ainsi Paris, Londres, Zurich, Barcelone, Munich mènent la course devant d’autres grosses maisons des pays germaniques (Berlin, Hambourg), plutôt en retrait…Du côté belge, La Monnaie avait entamé une collaboration avec Opus Arte et Harmonia Mundi du temps du mandat de Bernard Foccroulle…Rien n’est venu ensuite…Liège est un peu présent chez Dynamic quant à l’Opéra flamand, il est complètement absent. De même en France, à l’exception de l’opéra de Paris et du festival d’Aix, aucune autre maison n’est active sur le marché du DVD….

 

Mais devant le flux incessant des parutions, on peut s’interroger sur certaines logiques ; certes, il est intéressant pour une maison lyrique d’être présente, mais à quel prix. Ainsi, l’opéra de Weimar, vient de sortir chez Arthaus, un Ring complet ! Soit 7 DVD (près de 100 euros !) !! Ce genre d’entreprise permet de découvrir un orchestre valeureux, mais que dire qu’un metteur en scène qui nous refait le coup de la « lutte des classes » et d’une équipe de chanteurs locaux dépassés par les évènements… ?  

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Histoire de mes assassins !

 

Tarun J Tejpal, célèbre journaliste indien, animateur du magazine d’investigation Tehelka et auteur d’un premier roman à succès Loin de Chandigarth est aussi l’auteur d’Histoire de mes assassins. Un journaliste renommé apprend qu’il vient de faire l’objet d’une tentative d’assassinat par cinq hommes. Mais, il ne sait pas d’où vient le complot ! L’auteur peut ainsi dresser le portrait et narrer l’histoire des cinq malfaiteurs…mais, dans une veine amorcée par Tigre Blanc d’Aravind Adiga, l’écrivain plonge au cœur de l’Inde laissée pour compte et désoeuvrée de la croissance économique ! Le lecteur est ainsi  transporté dans un monde de violences aveugles et d’injustices, terreau à la formation de redoutables tueurs où le crime et la violence sont les seuls remèdes à une fatalité sociale inexorable et à un quotidien de brimades et d’humiliations constantes : pas de pitié pour le faible ! Le style direct et incisif de l’auteur  va droit au but dans un univers glauque où l’injustice est le quotidien…Plus « terre à terre » que Tigre Blanc, ce roman n’en reste pas moins un grand ouvrage.

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