Debussy : les parutions du moment !
Posted by Pierre-Jean Tribot | Filed under Musique
Alors que nous n’avons pas encore abordés les célébrations des 150 ans de la naissance de Debussy (en 2012), le compositeur reste encore au centre des nouveautés discographiques.

L’initiative la plus originale revient au label Glossa qui, en partenariat avec la fondation Bruzane, lance une collection de livres-disques sur le thème du Prix de Rome. Le premier volume est consacré à…Debussy, choix assez cocasse quand on connaît les démêlés du jeune Debussy avec cette institution. L’excellence éditoriale de ce projet offre deux disques de musiques rares avec des partitions composées entre 1882 et 1888. On trouve ainsi le rare Gladiateur de 1883 et trois partitions inspirées du printemps. Hervé Niquet dirige l’orchestre de la radio flamande de Bruxelles (Brussels Philharmonic comme on dit de nos jours !) que complètent une version pianistique de La Damoiselle Elue et la canntate l’Enfant prodigue. On attendait pas le baroqueux aussi inspiré ! L’orchestre et la distribution vocale sont très probants à l’inverses des chœurs de la radio flamande un peu trop acres ! Il n’empêche, il s’agit d’un modèle éditorial à suivre. Un second volume consacré à Saint-Saens est en cours d’enregistrement.

Jean Efflman Bavouzet a gravé pour Chandos l’une des meilleures intégrales modernes du piano de Debussy. Il vient de compléter sa somme avec un volume consacré à des versions pianistiques de Jeux, La Boite à Joujoux et Khamma. Le pianiste français a du surmonter de redoutables difficultés techniques et musicales pour offrir des versions jouables de ces pièces car les éditions laissées par Debussy étaient lacunaires…Le toucher du Français fait merveille et offre une incroyable variétés de couleurs. Peu médiatisé, Bavouzet est pourtant l’un des grands pianistes du moment !

Enfin, Harmonia Mundi remet en boite économique son intégrale Debussy laissée par Alain Planès. Un peu inférieure au travail de Bavouzet, cette somme se place dans un héritage très français des Robert Casadesus ou Jacques Février avec un piano pudique et économe de ses effets. Un beau travail quand même.
The Crown of India !
Posted by Pierre-Jean Tribot | Filed under Musique
Le chef d’orchestre Andrew Davis est passé chez Chandos pour poursuivre ses explorations des raretés du répertoire anglais. Le premier temps de cette collaboration avec le label anglais est ce Crown of India complété de marches de circonstances.

La composition de The Crown of India fut mouvementée. En 1911, toute la presse anglaise n’avait d’yeux que pour la cérémonie indienne du Darbâr qui vit le George V et la reine Marie, empereur et impératrice des Indes honorés par les princes indiens. Evènement majeur, cette cérémonie fastueuse glorifiait l’idéal colonial britannique alors que le couple royal posait la première pierre de New Delhi. Oswald Stoll, le propriétaire du Coliseum Theatre de Londres demanda à Elgar d’écrire une partition sur ce sujet. Gendre d’un général de division de l’armée des Indes, Elgar accepta l’idée. Le cahier des charges était compliqué car la pièce devait faire partie d’une revue de music hall et le compositeur dut s’adapter à un texte d’une grande médiocrité truffé de vers de mirliton. Dirigée par Elgar, la création de l’œuvre se déroula dans de bonnes conditions et la pièce resta à l’affiche entre mars et avril 1912. Mais la partition fut, en partie, perdue lors d’un incendie, en 1970, et ne subsista dans son intégralité que sous la forme d’une réduction pour piano.
En 2007, à l’occasion des célébrations du cent cinquantième anniversaire de la naissance d’Elgar, l’Elgar Society chargea Anthony Payne de proposer une nouvelle version de cette Couronne des Indes. Anthony Payne qui est déjà l’auteur de l’édition de la symphonie n°3 d’Elgar (laissée inachevée) a réalisé un travail bien fini qui valorise l’invention mélodique et la science orchestrale du grand homme. Au final, cette partition sonne avec brio et inspiration sous une baguette qui sait éviter les grandiloquences faciles et le mauvais goût. Sir Andrew Davis dirige une équipe vocale de haut vol où l’on remarque les interventions du baryton Gerald Finley.
du téléchargement et du disque classique…
Posted by Pierre-Jean Tribot | Filed under Musique
Lors du Midem 2010, il était intéressant de parler avec des directeurs d’orchestres et de labels du téléchargement en musique classique…Si nous pratiquons tous, le téléchargement, nous n’avions pas de chiffres précis sur sa part de marché dans l’industrie musicale classique…
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Dès lors, il reste clair que le téléchargement reste une pratique minoritaire dans les achats. Si l’on fait une moyenne des chiffres entendus à Cannes, il faut compter sur une part de marché qui se situe entre 10% et 15% des ventes, au maximum . Très très très rares sont les labels à dépasser les 15% de chiffre d’affaire. Qui plus est, le contexte général des ventes en téléchargement tend à se tasser…Après deux années d’euphories, les ventes, toutes catégories musicales, ont très légèrement augmentée, entre 2008 et 2009…Mais ne compensent pas la chute des ventes (pour toutes les catégories musicales). Dès lors, il semble encore vain de prédire la fin rapide du CD physique….Qui plus est, le classique bute encore sur des considérations d’ordres techniques bridés par les compressions MP3. Le téléchargement en haute définition étant plus cher….et donc assez proches des prix pratiqués sur les CDs…pour une toute autre plue-value éditoriale.
Autre enseignement du Midem, le téléchargement ne profite qu’aux grosses plate-formes (itunes, virgin, amazon…) et les tentatives de créer des plate-formes indépendantes n’ont pas fonctionnées. On apprenait ainsi de plusieurs sources sérieuses qu’un site français qui se paye des pleines pages de pub dans la presse, est un échec commercial…Enseignement à méditer alors que l’on parle de plus en plus de téléchargement de livres avec des éditeurs français qui ne veulent pas se laisser dicter des comportements par des majors…

Point positif du Midem, après des années de chute, les ventes de disque classique se sont stabilisées et sont même légèrement à la hausse…Tous nos interlocuteurs affichaient une mine assez radieuse…Un point positif, dans un marché globalement déprimé.
Alligator Strip de Chris Hasalm
Posted by Pierre-Jean Tribot | Filed under Livres
On sait peu de choses de Chris Haslam si ce n’est qu’il a exercé, à travers le monde, de nombreux métiers dont ceux de forgeron et de professeur de ski, avant de s’installer à Londres. Alligator Strip est son second roman et le premier à être traduit en français. Il connaît une nouvelle édition en poche chez 10/18.

L’histoire nous propose, sur un ton humoristique, l’histoire d’un sympathique looser anglais à travers ses aventures au Maroc et aux USA. Les rencontres sont des plus improbables avec une batterie de personnages aussi inquiétants que caricaturaux qui donnent de l’Amérique profonde une image nauséabonde et réactionnaire entre bières dégoulinantes et armes à portée de main. Il n’empêche, le talent de l’auteur est d’agencer une série de situations les plus improbables à la fois à cheval sur les registres tragique et comique…
Nikolai Demidenko joue Chopin.
Posted by Pierre-Jean Tribot | Filed under Musique
À l’occasion des 200 ans de la naissance de Chopin, l’Institut Chopin de Varsovie a souhaité demander au jury des Midem Classical Awards de déterminer le meilleur enregistrement Chopin de tous les temps et le meilleur enregistrement Chopin récent.

Pour la première catégorie, le choix était des plus difficile mais le jury a sélectionné l’enregistrement mythique de Dinu Lippati chez EMI. Dans la catégorie « meilleur enregistrement récent », le choix était plus ouvert il est heureux de constater la victoire de Nikolai Demidenko et ses Préludes enregistrés chez Onyx. Peu connu et mésestimé en France (ce disque de Préludes avait été accueilli avec une grande tiédeur en France !), Nikolai Demidenko n’en reste pas moins un pianiste de la trempe des grands avec des choix interprétatifs bien tranchés et toujours passionnants. Si on l’assimile plus au répertoire russe (excellents disques chez Hyperion), il reste un interprète de Chopin à la fois, virtuose et narratif au toucher puissant et assurant une grande variété de couleurs. Outre ce disque Onyx, on peut aussi écouter un fantastique album gravé pour l’Institut Chopin sur l’un des pianos du compositeur.

L’artiste réside en Angleterre (pays dont il a pris la nationalité), il serait bien que les organisateurs de concerts des pays francophones parviennent à l’inviter plus souvent….
Au fond, cet exercice, même occasionnel n’en reste pas moins passionnant ! Comme je le disais lors d’une intervention à la radio roumaine, le jury des MCA a particulièrement à cœur de récompenser les meilleurs productions actuelles, mais aussi de rappeler les grands enregistrements du passé…
Midem Classical Awards 2011
Posted by Pierre-Jean Tribot | Filed under Musique
Mardi avait lieu la cérémonie annuelle des Midem Classical Awards session 2010. Je suis très heureux et très fier que Resmusica y représente la presse musicale française. Cette expérience fut pour nous aussi bénéfique qu’enthousiasmante.
La variété des labels primés et la richesse des différents répertoires proposés montrent la vivacité de la scène musicale actuelle. Ainsi il est formidable qu’un enregistrement du Requiem pour un jeune poète de Zimmermann soit primé dans sa catégorie « musique chorale » mais remporte également le « prix des prix » : le prix du meilleur enregistrement de l’année ! Cette œuvre difficile d’un compositeur désespéré enregistrée pour un « petit » label allemand (« petit » par la taille, la structure mais pas par la qualité) a bouleversé le jury. Tous les membres du jury étaient très très touchés de l’émotion du chef d’orchestre B.Kontarsky qui n’en revenait tout simplement pas ! Sur plus de 450 CD et DVD reçus cette année, c’est cette œuvre qui a triomphé !

En tant que rédacteur en chef d’un média français, je suis aussi très heureux de la belle place au palmarès des productions nationales. Ainsi, le DVD lyrique de l’année est une production de l’excellent label Bel Air. Du côté des nominés, on constate aussi une belle place des français, je pense surtout à la nomination du magnifique disque Strozzi de label Ambronay (catégorie baroque). Au repas qui suivait la cérémonie (en présence de nombreuses personnalités incontournables de la scène classique), l’équipe artistique du disque et les responsables d’Ambronay était des plus heureux !

La liste des vainqueurs :
http://www.resmusica.com/actu_presse/article.php3?id_article=743
Rendez-vous donc en 2011 !
Blog au Midem
Posted by Pierre-Jean Tribot | Filed under Musique
Pause temporaire de blog pour cause de Midem. Conférences de presse, interventions sur des radios, entretiens, concerts, Un programme chargé jusqu’à jeudi. Pendant ce temps à Liège, l’OPL sera à l’heure de l’Europe avec un festival « Visa pour l’Europe ». Je souhaite un bon festival à mes chers ex-collègues et j’espère que les résultats artistiques et le succès public seront au rendez-vous ! La soirée des Midem Classical Awards sera diffusée, en direct, ce mardi, sur France Musique et les résultats seront publiés en fin de journée (ce dimanche à 18h).

Gergiev d’hiver à la russe !
Posted by Pierre-Jean Tribot | Filed under Musique
Après un léger calme pendant les fêtes, le prolifique Valery Gergiev reprend le rythme effréné de ses parutions discographiques : Romeo et Juliette de Prokofiev à la tête du LSO et un album concertant Rachmaninov avec le Rach 3, à la tête de ses forces du Mariinsky. Le chef accompagne le très solide (c’est un euphémisme !) : Denis Matsuev.

Valery Gergiev avait gravé, à ses débuts à la tête des forces du Mariinsky, une épatante version du célèbre ballet de Prokofiev (pour Phillips) qui s’était aussitôt imposée aux sommets des discographies avec les gravures de Maazel (Decca) et Ozawa (DGG). Le chef était attendu au tournant car, dans ces partitions, le musicien arrive à un degré de tension et de dramatisme que peu d’autres sont capables d’égaler (le souvenir d’un exceptionnel concert bruxellois reste encore gravé dans nos mémoires). Donc, les données de l’équation sont posées et le résultat est : mention très bien. Le son assez sec de l’acoustique mâte du Barbican Center de Londres met en valeur une direction toujours aussi efficace et qui sait ménager tant la fibre narrative que le côté spectaculaire (sans verser dans le brutal et le gratuit). En conclusion, je reste tout de même fidèle à la version studio…

On connaît bien Denis Matsuev en Belgique car l’artiste s’est produit à Liège et à Bruxelles. L’expression « Hercules » du clavier convient à ce monstre de technicité au panache slave intense, même si l’artiste n’est pas avare de facilités et de spectaculaire gratuit (essentiellement au cours de bis « déjantés » franchement de mauvais goût…). Mais chez Rachmaninov, l’artiste joue à domicile et son toucher très fauve et les couleurs qu’il tire de son clavier conviennent à merveille au RACH3. Tout y est sens de la musique et du spectaculaire ! Ce disque, bien enregistré, est une des plus belles versions enregistrées depuis les années 1990.
Les prochaines parutions de Valery Gergiev seront : la symphonie n°4 de Mahler et un opéra de Rodion Chedrin. Tout cela est annoncé pour le printemps alors qu’un disque avec Gauthier Capuçon doit sortir adans les prochains jours (Virgin)
Mahler vaincu par John Adams
Posted by Pierre-Jean Tribot | Filed under Musique
Gustavo Dudamel a fait ses premiers pas en tant que Directeur musical du Los Angeles Philharmonic, en octobre dernier. DGG a flairé la bonne affaire et édite, sur DVD, l’intégralité de ce concert Adams/Mahler (la seule symphonie n°1 de Mahler était déjà disponible en téléchargement). Le concert est même agrémenté d’un documentaire hagiographique sur l’incommensurable génie de la baguette qu’est le jeune homme….

John Adams a toujours été proche des orchestres californiens. L’orchestre de Los Angeles a déjà créé deux de ses partitions : Naïve and Sentimental music et le concerto pour violon n°2 (The Dharma at Big Sur). Par ailleurs, cette nouvelle composition, nommée City Noir, est la dernière partie d’un triptyque d’œuvres « californiennes », commencé avec El Dorado et The Dharma at Big Sur). Ce nouvel opus, de plus d’une demie-heure est une sorte d’hommage à la musique américaine avec des références au jazz (saxophone, piano). La formation instrumentale convoquée est impressionnante et se rapproche du Sacre du printemps : grosses percussions, harpes, piano, 7 cors, 4 trompettes. En trois partie : vif-lent-vif, cette partition est, encore, un nouveau chef-d’œuvre à mettre au crédit du compositeur américain. Si l’on reste, comme toujours, éberlués par le sens de l’orchestre et le brio de l’instrumentation, cette partition agit comme une lame de fond ! La débauche d’énergie et l’extrême virtuosité des mouvements rapides font très souvent penser au spectaculaire du Sacre du printemps. Par ailleurs, le raffinement des textures et la beauté des alliages instrumentaux du mouvement lent (solo de trompette d’une somptuosité mélodique unique !) plongent l’auditeur dans un monde sonore onirique et traversé d’ombres. On s’approche ici des sommets de l’œuvre de John Adams et des cimes de la musique contemporaine ! Dudamel est très à son aise dans cette musique qu’il faut emporter avec tonus et sens du rythme !
Le cas de la symphonie n°1 de Mahler est plus problématique. La battue, très spectaculaire par sa précision, de Dudamel n’est pas avare de facilités (avec un deuxième mouvement téléphoné et bardé d’intentions). On imagine que sur un concert, ce Mahler en met plein les oreilles. Certes, le chef a le sens de la construction et le panache pour transcender l’œuvre, mais il devrait évoluer vers plus de dramatisme et moins d’effets gratuits ! Curieusement, l’orchestre est beaucoup plus à son aise dans John Adams que dans Mahler !
La captation est magnifique (quelle image !) dans le cadre du spectaculaire Walt Disney Hall de Los Angeles. C’est tout de même un très beau DVD de concert !
Turbulences au WIELS (Bruxelles)
Posted by Pierre-Jean Tribot | Filed under Arts
La presse s’est faîte l’écho des difficultés rencontrées par le Wiels, seule structure bruxelloise intégralement dédiée à l’art contemporain et située dans les anciennes brasseries Wielemans Ceuppens sur le territoire de la commune de Forest dans un quartier longtemps marginalisé et communautarisé. Ouvert en 2007, ce lieu est un beau succès avec près de 40.000 visiteurs annuels et des expositions toujours intéressantes.

Un crédit est au cœur d’une passe d’armes entre la région de Bruxelles et l’Etat fédéral. D’un côté, Beliris, structure fédérale chargée de financer des projets à Bruxelles bloque un crédit à cause d’un possible conflit d’intérêt avec la direction du centre à l’occasion d’un marché public. De son côté la région de Bruxelles qui estime avoir assez payé, n’a pas l’intention de verser plus que sa contribution.
Que l’Etat fédéral soit soucieux de ses deniers et de son attribution, c’est tout à fait logique et légitime ! Que Bruxelles ne soit pas la vache à lait, c’est tout à fait normal ! Reste qu’il ne faudrait pas qu’une structure aussi importante se retrouve le bec dans l’eau et soit obligée (comme c’est envisagé) de mener une action devant les tribunaux pour récupérer le crédit attendu. Ces errances montrent encore le cruel manque d’ambitions de Bruxelles au niveau international….